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Nouvelle économie, nouveaux modèles économiques.

Quelle stratégie pour les organisations ?

 

 

Que l’on soit en création, en restructuration, en développement d’activité, que l’on soit une association, une start-up, une TPE ou une multinationale, acteur de la sphère publique ou privée, dans le domaine industriel ou des services, la question suivante viendra à s’imposer si elle ne l’a pas déjà fait : « comment tirer parti des nouveaux modèles économiques qui envahissent notre sphère d’influence ? ».

Sans recette miracle, la réflexion qui suit propose de clarifier les principaux enjeux pour les organisations, d’aborder les questions fondamentales qui doivent guider l’adoption de tel ou tel modèle, en enfin le « Comment faire ?».

 

1-Enjeux pour les organisations

Les enjeux ne sont absolument pas liés à cette Lapalissade de notre « Monde en récente mutation » : notre Monde l’a toujours été, l’est et le restera fort heureusement. Les enjeux sont essentiellement liés à quatre caractéristiques fondamentales de cette mutation :

-en premier lieu, la vitesse(1) et souvent la violence avec laquelle elle s’opère : disruptions et business modèles morts-nés avant même d’avoir fait leur preuve bouleversent le référentiel de bien des marchands du Temple qui se considéraient comme intouchables.

« If the sharing economy has proven anything, it’s that business models cannot be taken for granted in a highly connected, fast-changing world. Today’s disruptors can easily be disrupted tomorrow. The ride-sharing model could be obsolete when self-driving cars materialize—or these companies could adapt by purchasing their own fleet of self-driving cars, removing the cost-center of today’s drivers. »

(2) Extrait de « Sharing Economy ». PWC. 2015

De plus, au syndrome d’épuisement des ressources environnementales auquel se sont attaquées des démarches ambitieuses (Troisième Révolution Industrielle, REV3(3), Ecolonomie(4)…) s’ajoute bien souvent un risque d’épuisement des ressources humaines qui peut conduire à des souffrances au travail (syndrome d’épuisement professionnel ou burn out, bore out… (5, 6)) voire à une exclusion (7,8, 9).

-en second lieu, si tous s’accordent pour considérer que le « numérique » est à l’origine de certains nouveaux modèles économiques, les enjeux ne sont plus ceux ni du Big Data, ni de la sciences des données (extraction de connaissances à partir du Big Data), mais bien celui de la création de connaissance grâce notamment aux algorithmes de l’Intelligence artificielle forte (10, 11)

-en troisième lieu, la dimension protéiforme de cette mutation la rend d’autant plus délicate à intégrer pour les organisations : transition écologique, transition numérique, transition sociale/sociétale, transition économique….Il est possible d’enrichir à foison la liste des qualificatifs et sous-estimer toute ou partie d’une dimension explique la fugacité de certains business modèles qui portent dans leurs gènes leur disparition « fulgurante » (12).

-enfin la création de valeurs induite par le nouveau business model adopté, création en phase ou non avec les fondamentaux de l’organisation, va être déterminante pour le positionnement de celle-ci vis-à-vis de ses parties prenantes voire pour son devenir (13, 14).

 

2-De quel business modèle s’inspirer ?

Evacuant la question de l’impérieuse nécessité d’agir « à temps » ou le scénario « panurgien » de suivre un effet de mode, la gouvernance de l’entreprise doit se poser certaines questions fondamentales  plus ou moins prégnantes en fonction de son activité :

 

-transition numérique : où en sommes-nous de notre transition numérique ? Est-elle adaptée compte-tenu de nos ambitions ? Dès lors, les points de vigilance vont s’accumuler : ne pas confondre moyens et finalité, éviter les pièges méthodologiques (80% des projets Big DATA échouent et/ou sont biaisés (15, 16, 17)), succomber aux sirènes de l’Eldorado numérique (ex : dans le domaine de la gestion de fortune, nombre de robots advisors sont construits sur le modèle de Markowitz (théorie moderne du portefeuille, développée dans les années 50 ) qui a montré ses limites notamment los de la crise financière de 2008-2009 (18) )…

 

-Création de valeurs – système de valeurs : nos objectifs en termes de création de valeurs ne vont- ils pas être bouleversés voire remis en cause par l’adoption d’un nouveau business modèle ? Sommes-nous prêts à cette éventuelle mutation en termes de pilotage de nos activités ?  Si certes l’évaluation de la performance d’une organisation sur la base de seuls critères économiques est admise comme insuffisante (19), la réalité de la gestion d’entreprise peut placer la gouvernance dans une toute autres sphère de contraintes lorsqu’elle dialogue avec certaines de ses parties prenantes (actionnaires, investisseurs, banquiers..).  Comment intégrer de nouvelles priorités en termes de création de valeurs autres que matérielles par exemple dans le domaine intellectuel, social, sociétal, environnemental… ? L’évolution du référentiel de performance de l’entreprise est-il en phase avec son code génétique (Mission, Valeurs, Vision..) ?

 

-Business modèle : de quel business modèle dois-je m’inspirer pour créer, réorganiser, développer mon activité ?

Économie circulaire, économie de la fonctionnalité, Économie d’auto-production (Do it yourself), économie collaborative avec ses différents visages (ubérisation (plates-formes dérégulées d’un point de vue social/sociétal), plates-formes régulées, mouvance du libre, économie du don, du partage, tiers lieux, monnaies locales…), Economie Sociale et Solidaire avec ses différents visages (social business, entrepreneuriat social…),  » on demand » économie, économie de la connaissance, écolonomie(4)…..

Outre que le dirigeant puisse en perdre son latin, se surajoute de la part de certains « experts » une approche en silo pour défendre « son modèle » comme étant le Modèle de référence, voire des discours et écrits truffés d’a priori sur la réalité de cette nouvelle économie.

La question fondamentale n’est-elle pas celle d’une hybridation des modèles ou, formulé autrement, d’une association intelligente de plusieurs modèles pour répondre aux besoins de l’organisation ? Je fais évoluer mon business en développant une dynamique collaborative dans le cadre d’objectifs sociaux et solidaires…

 

3-Que faire et comment faire ?

Parce qu’elle est confrontée à une difficulté, parce qu’elle a une idée de création, parce qu’il lui faut réorganiser toute ou partie de son activité, avant de se jeter à corps perdu dans une course effrénée  au Nouveau Business Modèle miracle, la gouvernance de l’organisation ne doit- elle pas d’abord :

-clarifier et/ou se réapproprier son code génétique en termes de Mission, de Valeurs, de Vision et donc ses fondamentaux métiers ?

-à l’aune de ces fondamentaux, évaluer son contexte, ses parties prenantes, sa sphère d’influence et ses objectifs en termes de création de valeurs, d’enjeux et d’impacts ?

-repenser toute ou partie des éléments ci-dessus et appréhender les différents business modèles qui pourraient contribuer à son devenir ?

-choisir et comprendre à l’échelle de l’ensemble de l’organisation, les réels enjeux et impacts du (ou des) business modèle(s) choisi(s) et manager les risques associés ?

-établir dès lors le plan stratégique de déploiement ?

 

Au-delà de la technique a priori séduisante et rassurante de la majorité des business modèles, l’enjeu est d’identifier les facteurs clés de succès et de s’appuyer sur ces facteurs clés de succès pour garantir la réussite de la mutation de l’organisation et son aptitude à anticiper.

 

Mais libre comme certains chantres de cette nouvelle économie de s’engager dans une politique agressive de tabula rasa, de disruption, de terre brûlée (2) …. Nous sommes dès lors loin d’un engagement socialement et sociétalement responsable (RSE(20)) qui devrait être le vade-mecum de toute gouvernance digne de ce nom.

 

 

Marc BOURDEAUD’HUI

Président de SENSAE Consulting

 

Remerciements pour les échanges et leur relecture avisée à :

Antoine GUIGNETTE, cabinet MAGNANIITAS (http://magnanimitas.fr/)

Evelyne BERTIN, cabinet Desponstetdesliens (http://despontsetdesliens.fr/)

 

 

Pour aller plus loin :

1-La transition fulgurante. Pierre Giorgini (2014, éditions Bayard)

2-La Troisième Révolution Industrielle, REV3, l’économie collaborative : enjeux, nature, questions. Marc Bourdeaud’hui (article publié sur le site « SENSAE Consulting »).

3-The sharing economy. PWC (2015). Consumer Intelligence Series.

4-Ecolonomie- Entreprendre sans détruire, Emmanuel DRUON (2016, Actes Sud – Domaines du possible)

5-Syndrome d’épuisement professionnel. Gérard SEBAOUN. Rapport d’information N° 4487, commission des affaires sociales. Assemblée nationale. 15 février 2017

6-Bienvenue dans le nouveau monde : comment j’ai survécu à la coolitude des startups, Mathilde Ramadier (2017, Premier Parallèle)

7-la Révolution Transhumaniste, Luc Ferry (2016, éditions Plon)

8-The future of employment : how susceptible are jobs to computerisation ? Carl Benedikt Frey, Michael A. Osborne (2013, Université d’Oxford)

9-Robots and industrialization in developing countries, United Nations Conference on Trade And Development, N° 50, Octobre 2016.

10-Research priorities for robust and beneficial artificial intelligence. An open Letter. Future of life Institute (https://futureoflife.org/ai-open-letter/)

11-Research priorities for robust and beneficial artificial intelligence. Stuart Russell, Daniel Dewey, Max Tegmark (2015, AI Magazine, Association for the Advancement of Artificial Intelligence).

12-Quelles transformations et transitions pour l’économie francilienne à horizon 2025 ? Samuel Sauvage

Carine Dartiguepeyrou. 2016 (rapport pour le Conseil Régional d’Ile de France).

13- Le concept de Business Model au travers de la littérature. Jacques Arlotto et al., Gestion 2000. 2011/4 (Volume 28), p. 33-47.

14-How do we align Artificial Intelligence with Human values ? Ariel CONN (2017, Future of life Institute, https://futureoflife.org/2017/02/03/align-artificial-intelligence-with-human-values/).

15-Les trois défis du Big Data : Eléments de réflexion. Khalid BENABDESLEM, Christophe BIERNACKI, Mustapha LEBBAH (Statistique et société, Vol. 3, N° 1 juin 2015).

16-Big Data: Expectations and disappointments. C. Biernacki (présentation faite lors du Golden Eyes, 24 février 2016.)

17-Le Big Echec du Big Data. JAMES PETTER. (2017, Livre blanc « PURE STORAGE »).

18-Les robots (advisors) vont-ils conquérir le monde la gestion de fortune ? Kévin GIRON (conférence EDHEC Research Day 2017)

19-Rapport de la commission sur la mesure des performances économiques et du progrès social. J.E. STIGLITZ, A. SEN, J.P. FITOUSSI (2009, rapport remis au Président de la République française).

20-Les fondamentaux et limites d’une démarche RSE : la RSE au service de la performance durable des organisations. Marc BOURDEAUD’HUI.

Economie collaborative : des enjeux sous-estimés de la Troisième Révolution Industrielle et de REV3 ?

logo-sensaePour la première fois, Luc FERRY propose un débat éclairé et constructif

en Hauts de France sur les risques d’un hyper-capitalisme dérégulé.

 

 

 

Préambule :


Le 21 septembre 2016, sur invitation du club d’affaires de Lille Place Tertiaire, Luc FERRY lançait un débat éclairé sur les enjeux de l’économie collaborative dans le cadre du modèle proposé par Jérémy RIFKIN : la Troisième Révolution Industrielle (TRI) (chapitre 1 ci-dessous).

Après avoir brièvement rappelé les fondamentaux de la TRI et de REV3 (Chapitre  2), est abordée l’analyse originale que fait Luc FERRY des enjeux de l’économie collaborative dans le cadre de ce modèle (chapitre 3).

Dès lors, se pose la question d’une tentative de définition de ce qu’est cette économie collaborative pour essayer une première esquisse de ses différents visages (chapitre 4).Il s’ensuit une foultitude de questions quant aux mécanismes, enjeux sociétaux, fiscaux… , impacts de cette économie sur nos organisations, nos entreprises, nos systèmes de valeurs… 

C’est à la découverte de ces différentes composantes de l’économie collaborative que vous proposera de participer le club d’affaires de Lille Place Tertiaire. Cette découverte prendra la forme d’un cycle d’ateliers – réflexions à venir dans le cadre de la Troisième Révolution Industrielle et de REV3 (chapitre 5).

 

  

1-Economie collaborative, source d’opportunités économiques ?

eco_coll_conference_160921_pdgLe 21 septembre 2016, le club d’affaires de Lille Place Tertiaire a organisé un événement consacré aux opportunités de business offertes par l’économie collaborative et aux enjeux associés (http://www.lilleplacetertiaire.com/club_d_affaires/).

Les débats ont été positionnés dans le cadre du modèle de Jérémy RIFKIN, la Troisième Révolution Industrielle (1,2)  et de sa déclinaison en Hauts de France : REV3 (3).

Si la mutation du mixe énergétique vers un 100 % énergies renouvelables à l’horizon 2050, si la prise en compte de certains nouveaux modèles économiques et leurs impacts  (économie de la fonctionnalité, économie circulaire…) font l’objet de démarches exemplaires dans le cadre de REV3 , il existe tout un champ d’actions et de réflexion prospective lié à l’évolution du modèle économique et sociétal qui ne semble pas être intégré à sa juste mesure, notamment celui lié à l’économie collaborative. Or, cette donnée nous apparaît comme fondamentale ainsi qu’il sera évoqué ci-après.

En réunissant différents acteurs de cette thématique, le club d’affaires de Lille Place Tertiaire a pour la première fois proposé en région des Hauts de France un débat de fond sur les enjeux associés à l’économie collaborative dans le cadre de la TRI/REV3. Les lignes qui suivent résument notre perception et les leçons que nous avons tirées de ce débat (elles ne sont en aucun cas des actes exhaustifs).

 

 2-TRI – REV3 et l’économie collaborative

Dans un article précédent (10), nous avons évoqué les paradigmes spécifiques liés à la TRI et REV3.

rifkin_tri_cout_marginal_161003Sans revenir sur le détail, rappelons que le modèle de Jérémy RIFKIN repose sur l’hypothèse suivante : la conjonction de la problématique énergétique (passage aux ENR) avec l’évolution des moyens de communication (les 4 Internets : communication, logistique, énergie et objets connectés) va donner lieu à un nouveau modèle socio-économique : celui de l’économie collaborative. Toujours d’après J. Rifkin, ce nouveau modèle économique va éclipser à l’horizon 2050 le modèle capitalistique actuellement dominant.

Cette donnée fondamentale doit être bien intégrée pour appréhender les impacts et effets collatéraux de la longue route dans le cadre de la Troisième Révolution Industrielle et de REV3. En effet,  les attendus de cette «Troisième Révolution » ne se résument pas à l’énergie pour un «unique mieux être énergétique », aux Internets (ou au numérique) pour un «unique mieux être des Internets » (ou du numérique). L’attendu essentiel est bien cette mutation de notre modèle socio-économique pour un réel « mieux être sociétal ». En d’autres termes, selon l’auteur que vous choississez, une mutation, une révolution, une transition (fulgurante ? (7)) vers un modèle socio-économico-politique qui témoigne d’un réel progrès « Responsable ». L’économie collaborative telle que promise par Jérémy RIFKIN sera-telle à la hauteur de nos attentes ?

« Les marchés commencent à céder la place aux réseaux, la propriété devient moins importante que l’accès, la quête de l’intérêt personnel est tempérée par l‘attrait des intérêts collaboratifs, et le rêve traditionnel de l’enrichissement personnel est supplanté par le nouveau rêve de la qualité de vie durable »

Extrait de « La nouvelle société du coût marginal zéro. Jérémy RIFKIN. 2016.Babel essai p36.

« Alors, dans ce monde merveilleux plein de gentillesse et d’humanité…. »

Extrait de « la révolution transhumaniste. Luc FERRY. 2016. Plon, p 173.

 

 

rev3_logoInspiré des travaux de J. RIFKIN, mais focalisée sur la problématiques énergétique (6 piliers sur les 8 proposés), l’approche REV3 ne conduit-elle pas à sous-estimer voire à occulter l’impact des nécessaires, et parfois exemplaires,  mutations techniques sur le fonctionnement de nos organisations et nos systèmes de valeurs ?

N’y a-t-il pas un risque de nous laisser à nouveau envoûter par le chant des sirènes d’un nouvel Eldorado « technico-énergético-numérique » qui serait conquis au détriment d’un véritable progrès social et sociétal ?

Quelle nécessaire et indispensable régulation à trouver pour donner ou trouver du sens et faire en sorte que le paradigme proposé se réalise : « la performance environnementale sera demain synonyme de performance économique et sociale dans le monde » (extrait du  Master Plan de la Région des Hauts de France (3)), paradigme distinct de celui de la RSE (10).

 

3-Un autre regard sur la TRI : Economie collaborative «  ubérisation » et dérégulation sauvage.

Luc_Ferry_RTHLoin de le remettre en cause intégralement (d’autres étant plus virulents (4)), Luc FERRY (5) reconnaît l’intérêt du modèle de Jeremy RIFKIN et son pragmatisme concernant l’aspect énergétique.

Cependant, il nous permet de porter un regard éclairé sur les implications  de cette troisième révolution industrielle. Selon Luc FERRY, celle-ci est à l’origine de deux mutations profondes de notre modèle sociétal : le transhumanisme et l’économie collaborative. Parmi les points communs de ces deux mutations, les 4 Internets décrits par RIFKIN jouent certes un rôle important mais Luc FERRY insiste à juste titre sur le rôle prééminent joué par le BIG DATA et certains acteurs majeurs que sont les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon).

Dans son dernier ouvrage (la révolution transhumaniste (5)), il démontre que loin de supplanter le modèle capitalistique comme le prédit Jérémy RIFKIN, tout un pan de l’économie collaborative (et le plus important en termes de chiffres d’affaires) s’appuie au contraire sur une approche capitalistique « débridée à outrance ». Les exemples de cette « dérégulation sauvage », de l’emprise du capitalisme sur cette économie collaborative « ubérisation » sont multiples et ce n’est pas le discours lénifiant de certains représentants d’UBER sur la création d’emplois qui pourrait nous conduire à changer d’avis.

 

uber_vehicules_autonomesLe turn over des chauffeurs UBER aux états Unis est estimé à plus de 50 % (6). Dans son centre de recherche à PITTSBURGH, UBER a investi plusieurs centaines de millions de
dollars pour développer un véhicule autonome; plusieurs sont actuellement en test en situation réelle notamment en PENSYLVANNIE. Uber a rejoint un groupe de lobby, la « self driving coalition » (http://www.selfdrivingcoalition.org/) dans lequel on retrouve  Ford, Google, Volvo, Lyft dont l’objectif est de faire pression sur les politiques afin de faire évoluer la législation en faveur des véhicules autonomes.

Compte-tenu de ces faits, la stratégie d’UBER est-elle d’être une entreprise ancrée dans l’économie collaborative en mettant en relation demandeurs de transports et chauffeurs indépendants auxquels elle fournit ainsi du travail ? Ou la stratégie d’UBER n’est-elle pas de dominer un marché en rendant les demandeurs de transport « fidèles », dépendants voire addicts et prêts à utiliser des véhicules autonomes dès que le législateur les aura autorisés ? Toutes les conditions seront alors réunies pour qu’UBER puisse exercer son activité sans dépendre des chauffeurs, accroissant ainsi la rentabilité de son business. Ce serait une stratégie de développement tout à fait « louable » si elle ne s’accompagnait pas d’une stratégie de communication douteuse quant au rôle « sociétal » d’UBER.

« If the sharing economy has proven anything, it’s that business models cannot be taken for granted in a highly connected, fast-changing world. Today’s disruptors can easily be disrupted tomorrow. The ride-sharing model could be obsolete when self-driving cars materialize—or these companies could adapt by purchasing their own fleet of self-driving cars, removing the cost-center of today’s drivers. »

(11) Extrait de « Sharing Economy ». PWC. 2015

Il appert que si le profit, la rentabilité guident l’acte de collaboration, l’économie collaborative procède d’une économie purement capitalistique, voir « hyper-capitalistiques » qui sera loin d’être éclipsée comme en fait l’hypothèse Jeremy RIFKIN. Cette économie collaborative « Ubérisation » n’est ni morale, ni immorale mais « a-morale » (8). Le pacte sociétal sous-jacent se trouve à la hauteur de l’ambition des acteurs de ce marché : une dérégulation sauvage (sic Luc FERRY) et à outrance qui casse les modèles sociétaux moribonds (pour plus d’information : http://sensae-consulting.com/troisieme-revolution-industrielle-rev3-economie-collaborative/). En surfant sur les vides juridiques de certains secteurs d’activité, les majors de cette Ubérisation (Uber, Airbnb, Blablacar…) n’ont qu’un seul objectif : le profit. La dématérialisation de leur activité « d’entremetteur » leur permet de frauder comptablement et fiscalement en quasi « toute impunité » face aux législateurs locaux dépassés par leur développement…

Cette dérégulation sauvage et voulue, institutionnalisée en véritable « stratégie de développement » (9)  conduit à une véritable mascarade d’économie collaborative dans laquelle sont mis à mal le droit du travail, la protection sociale (ou ce qu’il en reste), les régimes fiscaux censés alimentés cette protection sociale selon un principe de solidarité (ou son illusion).

 

En concurrençant les professionnels du secteur d’activité, ces fossoyeurs sociétaux ont l’intelligence perverse de nous mettre tout à chacun face aux limites, carences, incuries voire obsolescences de nos systèmes…

Mais qu’y a-t-il de communs entre UBER et « la Ruche qui dit oui » ? En d’autres termes, l’économie collaborative n’est-elle pas trop souvent résumée à ce processus « d’Ubérisation » ? L’économie collaborative ne revêt-elle pas d’autres visages plus porteurs de sens et de valeurs que la seule recherche du profit ?


 

 

4-Economie collaborative : d’une tentative de définition à ses différents visages.

Nous l’avions évoqué (10), l’une des difficultés réside dans l’absence de consensus sur une définition claire de ce qu’est cette économie collaborative et d’en préciser le champ. Nous en sommes arrivés à la conclusion :

-que l’économie collaborative  consiste en une mise à disposition d’un bien ou d’un service dans la plupart des cas personnel

-que cette mise à disposition intervient avec ou sans contre-partie financière

-que cette mise à disposition contribue à créer une « richesse » qui peut être matérielle, intellectuelle, sociale, sociétale…

-que l’échange repose sur une collaboration, c’est-à-dire le fait de travailler à une œuvre commune.

 

Fort de cette clarification, nous avons établi les constats suivants (10) :

-premier constat : collaboration, entraide et donc économie collaborative ont toujours existé

-deuxième constat : économie collaborative et plateformes collaboratives ne sont pas « synonymes » (l’économie collaborative ne peut se résumer aux seules activités reposant sur les plateformes collaboratives)

-troisième constat : l’économie collaborative est déployée pour le meilleur et le pire en fonction du « code génétique (Mission, Valeur, Vision), associé plus ou moins consciemment à cet « acte de mise à disposition » (les paradigmes d’économie collaborative déployés sont parfois totalement différents, voire antinomiques…).

-quatrième constat : d’une économie collaborative « Ubérisation » à une économie « au noir », ce sont les enjeux d’un nouveau contrat sociétal qui se présentent à chacun d’entre nous.

 

Comment s’y retrouver dans ce maelström kaléidoscopique que représente l’économie collaborative ? Nous y croisons une multinationale AIRBNB valorisée à 30 milliards de dollars (13) et la cabane à dons sans aucun but lucratif de CEAUCE dans l’Orne (Facebook/l’appel au bois normand) ? Comment se faire une intime conviction du code génétique (Mission, Valeur, Vision) à l’origine du business model proposé par tel ou tel acteur de l’économie collaborative ?

En l’absence d’un tel guide dans la littérature pour l’instant consultée, nous avons réalisé un premier exercice de cartographie des différents visages de l’économie collaborative, premier exercice hautement perfectible et donc discutable :

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Les enjeux sont dorénavant de continuer à mieux appréhender ces différents visages de l’économie collaborative et de contribuer à son essor « responsable » en qualité de citoyen, de collaborateur d’une organisation, de chef d’entreprise…d’acteur politique…

 

 

5-Economie collaborative, TRI et REV3  : un cycle d’ateliers – réflexion.

Dans une étude publiée fin 2015 (11), PWC prévoit une croissance annuelle de 63% d’ici 2025 de l’économie collaborative. Toutefois, aussi intéressante qu’elle soit, cette étude avance que l’économie collaborative reste cantonnée à des secteurs spécifiques (transports, distribution de certains biens de consommation, hébergement et restauration, loisirs, médias et communication) tout en engendrant une destruction des systèmes de protection sociale (santé, famille, retraite…)  sans rien proposer à la place. Cette étude n’aborde pas les différents visages de l’économie collaborative tels que nous les avons évoqués.
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En effet, elle semble faire l’impasse sur des secteurs d’activité significatifs impactés de façon notoire. Par exemple, dans un ouvrage publié en 2014 (12), Thierry WICKERS constate que les métiers du droit ne sont pas épargnés par les mutations engendrées par cette économie collaborative. A titre d’illustration, la Californie a vu passer, dans le domaine du droit de la famille, le pourcentage de justiciables assistés par un avocat de 90 % dans les années 80 à 30 % dans les années 2010. Sur la même période, le nombre d’avocats était multiplié par deux.  En France, le mouvement de la Legal-tech et des avocats en ligne démarrent péniblement alors qu’un rapport de l’IGF de 2014 révélait un problème massif d’accès au droit au sein de la société interpellant quant à la pertinence du business model de la profession (50 % des français ne sont jamais rentrés dans un cabinet d’avocats !  La France serait-elle à ce point un pays rayonnant par sa quiétude et son climat paisible ?).

 

 

Force est de constater que la consultation de la littérature existante sur le sujet de l’économie collaborative, quand elle ne se fourvoie pas dans des approximations frisant l’imposture (sic Luc FERRY), ne nous éclaire pas sur des questions fondamentales :

-qu’est-ce que l’économie collaborative ?

-quel est le poids réel de cette économie collaborative dans le développement des territoires, des régions, d’un pays… ? Est-on sur des dynamiques « loco-locales » ou pilotées à l’international ?

-est-ce réellement un modèle économique nouveau ou n’est-on que face à un modèle qui a toujours existé et qui se développe à la faveur de nouveaux outils puissants de collaboration (les plates-formes…) et en réaction à des business modèles qui ne répondent plus aux attentes ?

-la seule existence d’un outil ou d’une méthode collaborative au sein d’une organisation suffit-elle pour établir le constat d’une économie collaborative ?

-quels sont ses différents visages, les modèles, les systèmes de valeurs sous-jacents aux différentes approches de l’économie collaborative ? (qu’y a-t-il de commun entre Uber et « la ruche qui dit oui » ?)

-comment cette économie collaborative peut-elle coexister, supplanter d’autres modèles économiques ?

-quels sont les outils à l’origine de l’économie collaborative : Big DATA, les plateformes collaboratives, les « monnaies locales », les tiers lieux… ?

-toutes les professions, tous les métiers, tous les secteurs d’activité sont-ils concernés par l’économie collaborative ? Et si oui, sous quelle forme ? Tout est-il « ubérisable » ?

-quels sont les impacts sociétaux, fiscaux… du déploiement de cette économie collaborative ? Doit-on accepter sans faire preuve d’intelligence « historique » que des pans complets d’activités disparaissent de façon violente d’un point de vue sociétal ? Notre modèle sociétal est-il à ce point immature qu’il est incapable de tirer les leçons de son histoire et d’avoir une démarche prospective et préventive digne de ce nom…? A quoi servent nos élites formées dans nos plus belles Grandes Ecoles et Universités si c’est pour subir et faire preuve d’incapacité ? Est-ce à chacun de prendre la responsabilité individuelle ou collective de s’adapter voire de survivre ?

-quels sont les risques, limites… associés à l’économie collaborative (juridique, social, fiscal…) Quels sont les nécessaires mécanismes de régulation à inventer pour certains pans de cette économie collaborative qui se développent sur base d’une dérégulation sauvage d’un point de vue social et fiscal notamment ?

 

 

C’est à la découverte de ces différents visages de l’économie collaborative, des mécanismes et enjeux, de son éventuel impact sur les organisations que vous propose de participer le club d’affaires de Lille Place Tertiaire. Cette découverte prendra la forme d’un cycle d’ateliers – réflexions à venir dans le cadre de la Troisième Révolution Industrielle et de REV3.

« Pour revenir à ce que ces initiatives [dans le domaine de l’économie collaborative] ont de spécifique, y compris dans leur dimension historique de solidarité, c’est au consommateur, à l’internaute de distinguer celles qui incarnent véritablement l’idéal d’un nouveau modèle de société. » 

Extrait du rapport TERRASSE sur l’économie collaborative (14)

 

 

 

 

Article rédigé par Marc BOURDEAUD’HUI

Président fondateur de SENSAE Consulting

 

Références :

1-La Troisième Révolution Industrielle, Jérémy Rifkin (2011, éditions les liens qui libèrent)

2-La nouvelle société du coût marginal zéro, Jérémy Rifkin (2014, éditions les liens qui libèrent)

3-le master plan de la TRI en Région des Hauts de France (http://rev3.fr/?s=master+plan)

4-la Troisième Révolution Industrielle n’aura pas lieu. Libération, 24 octobre 2014.

5-la Révolution Transhumaniste, Luc Ferry (2016, éditions Plon)

6-Comment nombre de chauffeurs Uber décident de leur temps de travail en ne comprenant rien aux moyens d’optimiser leurs revenus. Jean-Charles Simon. ATLANTICO, 9/09/16

7-La transition fulgurante, Pierre Giorgini (2014, éditions Bayard)

8-Le capitalisme est-il moral ? André COMTE SPONSVILLE (2009, Albin Michel)

9-Fiscalité du numérique. France Stratégie (mars 2015)

10-La Troisième Révolution Industrielle, REV3, l’économie collaborative : enjeux, nature, questions. Marc BOURDEAUD’HUI (article publié sur le site « SENSAE Consulting » : http://sensae-consulting.com/troisieme-revolution-industrielle-rev3-economie-collaborative/)

11-The sharing economy. PWC (2015). Consumer Intelligence Series.

12-La grande transformation des avocats. Thierry WICKERS (Dalloz, 2014)

13-Airbnb is now worth $30 billion. Matt ROSOFF (Business Insider UK, 6/08/16) (http://uk.businessinsider.com/airbnb-raises-850-million-at-30-billion-valuation-2016-8?r=US&IR=T)

14- Rapport au Premier Ministre sur l’économie Collaborative, Pascal Terrasse (Févier 2016)

Troisième Révolution industrielle, REV3, économie collaborative.

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                                                            Enjeux, nature, questions.                                                        logosensae

 

 

Préambule : 

Dans TRI_Rifkinle cadre de la semaine DWay consacrée au « développement durable », DELOITTE Région Nord a fait appel à Marc BOURDEAUD’HUI (SENSAE Consulting) et Laurent LEGRAIN (Conseil en en communication) pour animer un séminaire sur la Troisième Révolution Industrielle (TRI).

Organisé sous forme d’un témoignage et d’un retour d’expérience, le séminaire a conduit Marc BOURDEAUD’HUI à évoquer dans un premier temps les fondamentaux du modèle de Jérémy RIFKIN. Puis a été abordée la déclinaison du modèle à l’échelle de la région des Hauts de France : la démarche REV3. Percevoir les enjeux, puis la nature de la démarche ont été les préalables indispensables pour aborder les multiples questions autour du modèle de la TRI et de REV3.

Parmi ces dernières ont notamment été débattues :

-la question du « tout Energie Renouvelable » (ENR) à l’échelle d’une région : mythe ou réalité ?

-les enjeux des ENR en termes de distribution : loco – local et impératif des réseaux à grande échelle ?

-la distinction du Paradigme de la TRI et du paradigme de la RSE (Responsabilité sociale/sociétale des Entreprises / organisations).

-la complétude de REV3 notamment sur la question de l’économie collaborative.

-la nécessité de ne pas confondre « Méthodes de travail collaboratif » et « économie collaborative ».

Le séminaire s’est conclu d’une part par la présentation des modalités d’intégration d’une réflexion « REV3 » dans la conduite d’un projet : la cartographie thermographie du bassin minier pilotée par Audrey DEUDON  de l’Association des Communes Minières. D’autre part, le modèle «  TRI – REV3 » a été repositionné par rapport à d’autres modèles de développement d’un territoire.

Fort de ce retour d’expérience, DELOITTE Région Nord poursuit son engagement dans le cadre de REV3. Un prix spécial « Troisième Révolution Industrielle » sera décerné pour la première fois dans le cadre du seizième Technology Fast 50 en Région des Hauts de France.

L’article ci-dessous n’est qu’une retranscription partielle de certains sujets qui ont été évoqués au cours du séminaire. Pour plus d’information : marc.bourdeaudhui@sensae-consulting.com.

Sommaire de l’article :

 1-La Troisième Révolution Industrielle et REV3 dans le cadre de la semaine DWay.

2-Troisième Révolution Industrielle : du modèle à la démarche régionale REV3.

2.1 Temps 1 : l’itinéraire d’un consultant – TRI, REV3, premier business.

2.2 Temps 2 : vous avez dit REV3 – Enjeux, nature, questions.

  • Le « tout ENR » à l’échelle d’une région : mythe ou réalité ?
  • ENR : loco – local et impératif des réseaux à grande échelle ?
  • Paradigme de la TRI et paradigme de la RSE (Responsabilité sociale/sociétale des Entreprises / organisations).
  • Complétude de REV3 et économie collaborative.
  • Méthode de travail collaboratif et économie collaborative : ne pas confondre.

2.3 Temps 3 : Association des Communes minières – les leçons d’un projet qui s’ignore « REV3 ».

3-Technology fast 50 : un prix spécial Troisième Révolution industrielle.

 

 

1-La Troisième Révolution Industrielle et REV3 dans le cadre de la semaine DWay.

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Chaque année, DELOITTE consacre une semaine dite « D Way » à la démarche de performance durable. En 2016, le bureau de Lille s’est engagé dans des actions originales. L’une d’entre elles visait à informer les collaborateurs sur les enjeux de la Troisième révolution Industrielle (TRI) et de REV3 en Région  des Hauts de France.

Conférence : « Troisième Révolution Industrielle : du modèle à la démarche régionale REV3 ».

Présenté par Marc BOURDEAUD’HUI (Président fondateur de SENSAE Consulting, référent de la commission REV3 du Club d’affaires de Lille Place Tertiaire) et Laurent LEGRAIN (Consultant en communication, membre de la commission REV3 du Club d’affaires de Lille Place Tertiaire)

 

2- Troisième Révolution Industrielle : du modèle à la démarche régionale REV3.

 

Tout en démontrant que la TRI n’est pas qu’un concept, Marc BOURDEAUD’HUI a témoigné de son expérience de prise en compte de cette nouvelle approche du développement territorial dans son métier de consultant. Son témoignage a été organisé en trois temps.

 

2.1 Temps 1 : l’itinéraire d’un consultant – TRI, REV3, premier business.
REV3_modele_courbe

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Depuis la découverte des travaux de Jérémy RIFKIN, jusqu’aux premières opportunités de business en passant par une analyse de la déclinaison REV3 au niveau de la région des Hauts de France, Marc BOURDEAUD’HUI a présenté son parcours. Il a insisté sur le paradigme spécifique de la TRI et l’appropriation qui  en a été faite au niveau régional. La Troisième Révolution Industrielle et donc REV3 reposent sur un paradigme particulier : « la performance environnementale sera demain synonyme de performance économique et sociale dans le monde » (extrait du Master Plan 2013 de la Région des Hauts de France).

 

 

 

 

 

2.2 Temps 2 : vous avez dit REV3 – Enjeux, nature, questions.

Marc BOURDEAUD’HUI a ensuite abordé les fondamentaux de REV3 et les questions que cette nouvelle démarche engendrait. De la gouvernance, aux piliers de la démarche et leurs déclinaisons dans le cadre du Master Plan, des précisions ont été fournies au sujet des caractéristiques d’un projet « REV3 ». S’appuyant sur le référentiel « Troisième Révolution Industrielle » publié en 2015, les principaux thèmes que doit aborder un projet REV3 sont résumés dans le schéma ci-dessous.

REV3_projet_caracteristiques

 

Quant aux multiples questions induites par REV3, quatre ont été débattues.

  • Le « tout ENR » à l’échelle d’une région : mythe ou réalité ?

La première concerne la question d’un « Tout Energie Renouvelable à l’échelle de la région pour 2050 » : un mythe ou une réalité ? Si actuellement nombre de démarches réussies pêchent par leur « non représentativité » (territoires restreints, territoires pauvres en tissus industriels gros consommateurs d’énergie, tissus socio-économiques spécifiques. Exemples : le cas des territoires insulaires http://www.smartgrids-cre.fr/index.php?p=zonesinsulaires-experimentations), un rapport de l’ADEME (2015) plaide en faveur de la faisabilité technique d’une telle approche.

  • ENR : loco – local et impératif des réseaux à grande échelle ?

La deuxième question a permis d’aborder les limites d’une production énergétique « loco – locale » basée sur les ENR et les réseaux intelligents associés (smart grids). Tant que les techniques de stockage de l’énergie n’auront pas été résolues de façon significative, l’auto-suffisance énergétique à l’échelle d’une région reste un mythe et le tout ENR nécessite le renforcement des autoroutes de l’énergie inter – pays (réseaux à très haute tension : http://www.gridplus.eu/).

 

  • Paradigme de la TRI et paradigme de la RSE (Responsabilité sociale/sociétale des Entreprises / organisations).

Marc BOURDEAUD’HUI est souvent questionné sur les liens entre la TRI – REV3 et la RSE. Est-ce différent ? Est-ce la même chose ? Est-ce qu’il y a des points communs ? Certes, il existe des points de convergence entre la TRI- REV3 et la RSE, mais les deux modèles reposent sur des paradigmes bien différents.

Ainsi qu’il a été évoqué, la TRI – REV3 repose sur le paradigme suivant mentionné dans le Master Plan de la Région des Hauts de France : « la performance environnementale sera demain synonyme de performance économique et sociale dans le monde ».

La RSE repose sur un tout autre paradigme (cf ISO 26000). Elle met  toute organisation en responsabilité de l’impact de ses décisions et activités dans le domaine économique, sur le plan social / sociétal et sur l’environnement (les trois piliers classiques du Développement Durable). A ces enjeux, auxquels sont parfois trop souvent réduites les approches RSE, doit s’adjoindre l’engagement à respecter un certain nombre de principes (vigilance légale, redevabilité, transparence, éthique, travail et inclusivité avec les parties prenantes…). Les dispositions adoptées sont intégrées dans l’ensemble de l’organisation et mises en œuvre dans ses relations avec ses parties prenantes (plus d’info : http://sensae-consulting.com/les-fondamentaux-et-limites-dune-demarche-rse-la-rse-au-service-de-la-performance-durable-des-organisations/).

Le nouveau modèle TRI – REV3 est loin d’avoir une approche aussi globale et intégrative que la RSE (quand cette dernière n’est pas dévoyée au profit d’un greenwashing dominant). Un exercice d’analyse comparative des deux paradigmes aboutit au constat suivant :

TRI_RSE_convergence

Les enjeux de la TRI – REV3 sont bien d’aboutir à un nouveau modèle « socio – économique » dans lequel l’économie collaborative devrait dominer (cf J. RFIKIN, la nouvelle société du coût marginale zéro : internet des objets, l’émergence des communaux collaboratifs et l’éclipse du capitalisme). Hors, force est de constater que le déploiement de l’économie collaborative (dans ses modèles leaders en termes d’activité, de chiffre d’affaires, de pseudo emplois…) se fait au prix d’une « dérégulation sauvage » (sic Luc Ferry) qui met à mal nos systèmes de protection sociale déjà bien moribonds (ne tirez pas sur l’ambulance !) sans proposer aucune alternative. Nous sommes plus sur une stratégie de terre brûlée que de réel progrès sociétal.

A qui la faute ? A chacun d’entre nous qui foulons la morale, l’éthique, la déontologie qui devraient guider chacun de nos actes « responsables » (vous avez dit RSE ?).

 

 

  • Complétude de REV3 et économie collaborative.

La troisième question interpelle quant à la complétude de REV3 sur les nouveaux modèles économiques.  Si l’économie circulaire, si l’économie de la fonctionnalité apparaissent comme des piliers à part entière de la démarche, l’économie sociale et solidaire n’est pas formellement intégrée dans la démarche bien qu’elle ait fait l’objet d’une intronisation en bonne et due forme lors du World forum 2014 avec le lancement de la plateforme « SOBIZHUB » (http://www.sobizhub.org/fr/). Plus préoccupant est la quasi absence de débat de fond sur les enjeux du « collaboratif » (économie collaborative, économie du partage, ubérisation…). Certes de multiples initiatives exemplaires et prometteuses sont promues notamment via le club des entrepreneurs REV3 (http://rev3.fr/participez/), mais la prédiction de J. RIFKIN  d’une éclipse du capitalisme par cette économie collaborative (la nouvelle société du coût marginal zéro page 10, Babel Essai) et la « dérégulation sauvage » constatée par d’aucuns comme Luc Ferry (la révolution transhumaniste, chapitre 3)  ne sont nullement débattues. Pourtant ces questions sont fondamentales pour envisager un «devenir durable et responsable » (pléonasme assumé) d’autant que l’économie collaborative est un des fondamentaux du modèle rifkinien :

TRI_modele

En focalisant la TRI – REV3 sur la problématiques énergétique (6 piliers sur les 8 proposés), n’est-il pas trop souvent oublié que le modèle rifkinien repose sur l’hypothèse suivante : la conjonction de la problématique énergétique (passage aux ENR) avec l’évolution des moyens de communication (les 4 internets selon RIFKIN : communication, logistique, énergie et objets connectés) va donner lieu à un nouveau modèle socio-économique : celui de l’économie collaborative (économie du partage, ubérisation…) ? Selon Rifkin, ce nouveau modèle économique va éclipser à l’horizon 2050 le modèle capitalistique actuellement dominant.

Bien que, comme tout modèle, il ne soit pas dénué d’intérêt, le modèle rifkinien (donc celui de la TRI – REV3) a d’ores et déjà démontré ses limites et est remis en partie en cause par nombre de personnes. Je n’en citerai que deux.

En premier lieu, Robert GORDON (économiste de la Northwestern University) remet en cause les perspectives de croissance liée à la « soi-disant révolution numérique » dans son dernier ouvrage  » the rise and fall of american growth ».

En second lieu, Luc Ferry, démontre dans son dernier ouvrage (la révolution trasnhumaniste), que loin de supplanter le modèle capitalistique, il y a un tout un pan de l’économie collaborative (et le plus important en termes de chiffres d’affaires) qui au contraire s’appuie sur une approche capitalistique « débridée à outrance ». C’est ce qu’il qualifie de « dérégulation sauvage ». Les exemples de cette dérégulation sauvage et de l’emprise du capitalisme sur l’économie collaborative sont multiples. Exemple : le fonds souverain d’Arabie saoudite qui vient d’investir 3.5 mds de $ dans UBER (http://www.lemonde.fr/entreprises/article/2016/06/02/le-fonds-souverain-saoudien-investit-3-5-milliards-de-dollars-dans-uber_4930677_1656994.html).

 

Une étude de PWC publiée fin 2015 (https://www.pwc.com/us/en/technology/publications/assets/pwc-consumer-intelligence-series-the-sharing-economy.pdf) démontre que  l’économie collaborative :

-est en forte croissance (63 % de croissance annuelle d’ici 2025)

-reste cantonnée à des secteurs spécifiques de l’économie (transports, distribution de certains biens de consommation, hébergement et restauration, loisirs, médias et communication) qui sont loin de porter le développement et la croissance d’un pays dans son ensemble

-engendre une destruction des systèmes de protection sociale (santé, famille, retraite…)  sans rien proposer à la place.

 

  • Méthodes de travail collaboratif et économie collaborative : ne pas confondre.

Enfin la quatrième question a permis d’aborder la thématique du « collaboratif ». Au risque d’en faire sinon un effet de mode, tout au moins un véritable maelström, chacun s’empare du terme pour être dans l’air du temps, quitte à dévoyer le sujet voire à commettre des bourdes.  L’une des premières précautions à prendre est sans doute d’éviter de confondre les méthodes de travail collaboratif avec les nouveaux modèles économiques basés sur le collaboratif, même s’il existe des liens entre les deux.

 

Sauf à être dans des styles de mcollaboratif_moissonanagement « extrêmes » (taylorisme outrancier, management autocratique…), la conduite d’une activité a souvent reposé et repose souvent sur la collaboration et le partage. Point n’ai eu besoin de « systèmes d’information » et d’applications associées pour que certains individus aient l’intelligence relationnelle de se réunir pour co-imag
iner, co-produire, co-décider… Si le déploiement récent des plateformes collaboratives et autres réseaux sociaux d’entreprise contribue à dynamiser ce style de travail, il n’a ni créé le travail collaboratif, ni ne représente la solution à « tous les maux ». La conduite de nombre de projets nécessite et nécessitera  toujours le respect de processus préalablement définis ne serait-ce que pour des questions de fiabilité, de sécurité voire d’enjeux financiers. Tout passager d’un aéroplane se réjouira des procédures multiples de contrôle à réception qui vont présider au lancement de l’appareil sur le tarmac.

 

Dans le domaine du travail collaboratif, un autre exemple notable de développement d’outils est celui de la cobotique. Aux interfaces notamcobotique_medicalment des neurosciences dont les sciences cognitives et de la robotique, la cobotique a engendré des cobots qui ni ne se substituent à l’être humain, ni ne sont autonomes.  Les cobots ont la particularité de travailler en  collaboration avec l’être humain et d’être sous le strict contrôle de ce dernier qui le pilote. A noter que la cobotique apparaît comme l’un des axes de la Quatrième Révolution Industrielle présentée par le fondateur du World Economic Forum : Klaus SCHWAB (l’une des questions étant de savoir si une « simple » innovation technologique justifie d’être qualifiée de « Révolution Industrielle » (donc à l’origine d’une mutation du modèle socio – politique) et s’il ne faut pas plutôt éviter de confondre les deux. Pour plus d’info, voir les références en fin de cet article).

 

Est-ce que ces quelques exemples d’outils et de méthodes de travail collaboratif suffisent pour en conclure à l’émergence d’un nouveau modèle économie qui supplanterait le modèle capitalistique : l’économie collaborative ? Il est permis à juste titre d’en douter, d’autant que la définition de ce nouveau modèle économique est loin de faire l’objet d’un consensus.

Il appertRifkin_cout_marginal donc que des outils et méthodes de travail collaboratif peuvent très bien être mis en œuvre sans s’inscrire dans un modèle d’économie « collaborative » mais purement capitalistique (Jérémy Rifkin oppose les deux dans son ouvrage « la nouvelle société du coût marginal zéro »). Quant aux outils et méthodes de travail collaboratif, il est présomptueux de vouloir en dresser un inventaire exhaustif. Pour s’en faire une idée, citons certains qui ont marqué et continuent à marquer le développement en milieu industriel notamment : le TPS de Toyota (Toyota Production System), le QOS de Ford (Quality Operating System), le Lean Management (pour plus d’information : http://www.elan-lean.fr), la TPM (Total productive Maintenance)…

A contrario, l’économie collaborative, peut-elle se passer de « méthodes de travail collaboratif » ? Si elles n’en constituent pas la condition sine qua non, il semble pouvoir être répondu par la négative à cette question,  la difficulté résidant sur une définition claire de ce qu’est cette économie collaborative et d’en préciser le champ. Il n’est pas un jour sans qu’une publication, une interview conduisent à enrichir le vaste débarras dans lequel d’aucuns vont jusqu’à amalgamer économie collaborative, économie de la fonctionnalité, économie circulaire, économie sociale et solidaire….

En l’absence de consensus, nous avons essayé d’éclaircir notre propre champ lexical pour essayer de comprendre… En notre « âme et conscience », nous en sommes arrivés à la conclusion :

-que l’économie collaborative  consiste en une mise à disposition d’un bien ou d’un service personnel

-que cette mise à disposition intervient avec ou sans contre-partie financière

-que cette mise à disposition contribue à créer une « richesse » qui peut être matérielle, intellectuelle, sociale, sociétale…

-que l’échange repose sur une collaboration, c’est-à-dire le fait de travailler à une œuvre commune.

 

Fort de cette clarification, nous en sommes venus à établir les constats suivants :

-Premier constat : collaboration, entraide et donc économie collaborative ont toujours existé

L’économie collaborative a quasiment toujours existé et est même à l’origine du développement de certains modèles sociétaux. Inutile de retracer des siècles d’histoire pour disposer de multitudes d’exemples d’entraides structurées qui étaient à la base de secteurs entiers d’activité (exemple : l’organisation des moissons dans les villages avant  la mécanisation à outrance).

En 1902, Propotkinedans son essai intitulé « l’entraide : un facteur de l’évolution», KROPOTKINE avance  que l’entraide a toujours joué un rôle déterminant dans le progrès « social et éthique » plus que la compétition. « Il semblerait, par conséquent, inutile de chercher des institutions ou des habitudes d’entr’aide dans notre société moderne. Que pourrait-il en rester ? Et cependant, aussitôt que nous essayons de comprendre comment vivent les millions d’êtres humains, et que nous commençons à étudier leurs rapports de chaque jour, nous sommes frappés de la part immense que les principes d’entr’aide et d’appui mutuel tiennent encore aujourd’hui dans la vie humaine. Quoique la destruction des institutions d’entr’aide ait été poursuivie, en pratique et en théorie depuis plus de trois ou quatre cents ans, des centaines de millions d’hommes continuent à vivre avec de telles institutions ; ils les conservent pieusement et s’efforcent de les reconstituer là où elles ont cessé d’exister. En outre, dans nos relations mutuelles, chacun de nous a ses mouvements de révolte contre la foi individualiste qui domine aujourd’hui, et les actions dans lesquelles les hommes sont guidés par leurs inclinations d’entr’aide constituent une si grande partie de nos rapports de chaque jour que si de telles actions pouvaient être supprimées, toute espèce de progrès moral serait immédiatement arrêtée. La société humaine elle-même ne pourrait pas se maintenir pour la durée d’une seule génération. » (pages 239-240 de l’édition de 1938).

 

Deuxième constat : économie collaborative et plateformes collaboratives ne sont pas « synonymes ».

Faire reposer les échanges sur les seules plateformes collaboratives est une vision tronquée et restrictive de l’économie collaborative. Les plateformes ne sont « ni l’économie collaborative », ni les seuls outils qui permettent le déploiement cette économie. Le développement des monnaies locales est un autre exemple (sans doute plus vertueux) d’outil contribuant au développement d’une économie collaborative.

Dans le même ordre d’idée, résumer le développement récent de l’économie collaborative à « l’ubérisation » est tout aussi tronqué et fallacieux, d’autant que ce type de développement se fait dans la plupart des cas  dans une dynamique capitalistique débridée et outrancière qui fait fi d’une quelconque « morale sociale et sociétale ». Dans « la révolution humaniste », le titre que Luc Ferry donne au chapitre traitant de ce sujet est révélateur « l’économie collaborative et « l’ubérisation » du monde ».

 

Troisième constat : l’économie collaborative – pour le meilleur et le pire.

Dès lors, en fonction du « code génétique (Mission, Valeur, Vision), associé plus ou moins consciemment à cet « acte de mise à disposition », les paradigmes d’économie collaborative déployés vont être totalement différents, voire antinomiques.

Si les valeurs « du partage », de l’entraide portent l’acte de collaboration, l’économie collaborative procède d’une économie « du partage » porteuse de sens et de valeurs morales tels que l’évoque Propotkine. Le pacte sociétal sous-jacent se trouve valorisé.   Les exemples font foison depuis les JONC (des « jardins ouverts et néanmoins clôturés » : http://www.ajonc.org/) jusqu’aux garages solidaires (http://www.garages-solidaires.fr/) en passant par les restaurants solidaires (   ) … La distinction avec l’Economie Sociale et Solidaire est dans certains cas illusoire (l’économie du partage contribuant à répondre aux objectifs de l’ESS).

Si le profit, la rentabilité guident l’acte de collaboration, l’économie collaborative procède d’une économie purement capitalistique qui sera loin d’être éclipsée comme en fait l’hypothèse Jeremy RIFKIN. Cette économie collaborative « Ubérisation » n’est ni morale, ni immorale mais « a-morale » (André COMTE SPONSVILLE). Le pacte sociétal sous-jacent se trouve à la hauteur de l’ambition des acteurs de ce marché : une dérégulation sauvage (sic Luc FERRY) et à outrance qui casse les modèles sociétaux moribonds.

 

Quatrième constat : d’une économie collaborative « Ubérisation » à une économie « au noir » ou les enjeux d’un nouveau contrat sociétal.

Uber_HiltonEn surfant sur les vides juridiques de certains secteurs d’activité, pire en mettant souvent si ce n’est de façon systématique « hors la loi » le consommateur et « l’Uber – proposant » (la personne qui va mettre à disposition son bien ou service personnel moyennant rémunération), les majors de cette Ubérisation (Uber, Airbnb, Blablacar…) n’ont qu’un seul objectif : le profit. La dématérialisation de leur activité « d’entremetteur » leur permet de frauder comptablement et fiscalement en quasi « toute impunité » face aux législateurs locaux dépassés par leur développement…

Cette dérégulation sauvage et voulue, institutionnalisée en véritable « stratégie de développement »  (fiscalité du numérique, note de France Stratégie, mars 2015) conduit à une véritable mascarade d’économie collaborative dans laquelle sont mis à mal le droit du travail, la protection sociale (ou ce qu’il en reste), les régimes fiscaux censés alimentés cette protection sociale selon un principe de solidarité (ou son illusion).

 

En concurrençant les professionnels du secteur d’activité, ces fossoyeurs sociétaux ont l’intelligence perverse de nous mettre tout à chacun face aux limites, carences, incuries voire obsolescences de nos systèmes… Nous sommes tous coupables et responsables… Utilisateurs gavés comme des oies par ces plateformes… Politiques dépassés ou complices… Législateurs à bout de souffle…

 

Photo : UBER et le festival de Cannes 2015 – Quand Paris Hilton se fait l’égérie d’une

« économie collaborative – Ubérisation ».

Face à ce pan de l’économie collaborative « ubérisation » (qui n’a de collaboratif que le nom), avons-nous seulement encore une étincelle d’intelligence et de courage pour redessiner notre nouveau contrat sociétal ? Saurons-nous faire en sorte que l’économie collaborative « partage »  ait le poids suffisant (économique, éthique, politique…) pour exister tout en préservant ses fondements sociaux et sociétaux vertueux?

Si tant est que nous en ayons le courage, la volonté et l’Intelligence, chacun d’entre nous, acteurs de la Société Civile (la « societas civilis » d’Aristote : la communauté des citoyens constituée dans le but de « bien vivre » qui a fini par se distinguer de la classe politique, cf. référence en fin d’article), mais aussi les « Politiques », les promoteurs de cette « économie collaborative – ubérisation » avons tous une responsabilité dans la régulation à inventer  (Rapport Terrasse, European Agenda for the collaborative economy…)

 

De plus et fort heureusement, ni Don Quichotte, ni Colibris « pompiers », il est des femmes et des hommes « porteurs de sens » pour lesquels entraide, solidarité, éthique, humanisme, respect de l’Autre, respect du Vivant… guident chaque acte et décision « responsables ». Il est des femmes et des hommes pour lesquels le développement qu’il soit social, culturel, technique, scientifique, dans le domaine des affaires… peut et doit reposer sur un autre paradigme que celui d’un capitalisme primaire et débridé, capable de se parer avec une hypocrisie effrontée de sa plus belle toge « RSE » pour faire amende honorable de ses pires turpitudes  (https://www.prix-pinocchio.org/pourquoi-les-prix-pinocchio/,   http://www.francetvinfo.fr/replay-magazine/france-2/cash-investigation/cash-investigation-du-mardi-24-mai-2016_1454987.html)  . Ces Femmes et ces Hommes œuvrent au quotidien pour relever ce défi d’évolution de notre contrat sociétal (https://www.demain-lefilm.com/, http://www.responsible-economy.org/fr/worldforum2016/).

 

 

2.3 Temps 3 : Association des Communes minières – les leçons d’un projet qui s’ignore  « REV3 ».

Dans un troisième temps, Marc BOURDEAUD’HUI a évoqué comment il aide un porteur de projet, ACM_Audrey_DEUDONAudrey DEUDON, Directrice de l’Association des Communes Minières, à
intégrer une réflexion REV3 dans la conduite de son projet. Unique à l’échelle de l’Europe, le projet a pour objectif de réhabiliter le patrimoine bâti du bassin minier avec une recherche d’efficience énergétique.  Il est conduit en trois phases :

  • phase 1 : cartographie thermique et luminographie aérienne du bassin minier.
  • phase 2 : communication
  • phase 3 : accompagnement des propriétaires.

Une vidéo présentant le projet est accessible en cliquant sur le lien suivant : https://youtu.be/odGeMH4Jr5o.

 

3-Technology Fast 50 : un prix spécial Troisième Révolution industrielle (REV3).

Désireux Deloitte_technology_Fast_500_noirde promouvoir l’engagement ds entreprises de  la Région des Hauts de France dans la Troisième Révolution Industrielle, DELOITTE Région Nord a décidé de décerner un prix spécial TRI (REV3) dans le cadre du seizième Technology Fast 50. Le Technologye Fast 50 est destiné aux entreprises technologiques de croissance de la région.

Pour participer, l’entreprise doit :

  • être française et indépendante
  • détenir des brevets ou consacrer au moins 5 % du CA à la R&D
  • appartenir à l’un des 5 secteurs d’activité suivants : Biotech & Sciences de la vie, Energie & Greentech, Hardware & Electronique, Internet Médias & Télécoms, Logiciels & Services Informatiques
  • avoir été créée avant le 1er janvier 2012 (avec un CA de 50 000€ minimum en 2012)
  • avoir une croissance positive entre 2012 et 2015

Les raisons de participer sont multiples dont :

  • la visibilité grâce à la communication faite autour de l’évènement et lors de la soirée
  • la réputation et Attractivité du label Fast 50 devenu la référence pour les investisseurs, les pouvoirs publics et la presse économique
  • le développement National et International car l’inscription de la société au Technology Fast 50 Nord entraîne la participation au Technology Fast 50 National et au Technology Fast 500 Européen.

Pour plus d’information :  www.fast50.deloitte.fr.

 

 

Article rédigé par  Marc BOURDEAUD’HUI, Président de SENSAE Consulting

Pour en savoir plus : marc.bourdeaudhui@sensae-consulting.com

 

Quelques pistes pour aller plus loin :

-La Troisième Révolution Industrielle, Jérémy Rifkin (2011, éditions les liens qui libèrent)

-La nouvelle société du coût marginal zéro, Jérémy Rifkin (2014, éditions les liens qui libèrent)

-la Révolution Transhumaniste, Luc Ferry (2016, éditions Plon)

-The rise and Fall of American growth, Robert Gordon (2016, Princeton University Press)

-l’entraide : un facteur de l’évolution, Pierre Propotkine (1938, les éditions invisibles).

-Une monnaie et des cercles, Philippe DRISIN (2014, Publibook)

-L’Uber capitalisme : bienvenue dans le capital 2.0,  Challenges (N° 471)

-Le capitalisme est-il moral ? André COMTE SPONSVILLE (2009, Albin Michel)

-Etes-vous Uber ou Blablacar ?  Le Un (N° 107, 18 mai 2016)

-Rapport au Premier Ministre sur l’économie Collaborative, Pascal Terrasse (Févier 2016)

-European Agenda for the collaborative economy. (Juin 2016)

-Fiscalité du numérique. France Stratégie (mars 2015)-

-La politique (Livre III : de l’état et du citoyen, théorie des gouvernements et de la souveraineté, de la royauté). Aristote (traduction de Barthélémy SAINT HILAIRE. 1874. Librairie Philosophie de LADRANGE)

 

-rapport de l’ADEME : Mix électrique 100% renouvelable ? Analyses et optimisations. Un travail d’exploration des limites du développement des énergies renouvelables dans le mix électrique métropolitain à un horizon 2050 (http://www.ademe.fr/mix-electrique-100-renouvelable-analyses-optimisations#)

Sur REV3 en Région des Hauts de France :

-le master plan dans ses différentes versions (http://rev3.fr/?s=master+plan)

-le guide du financement des projets REV3 (http://rev3.fr/guide-du-financement/)

Sur le Lean management : les travaux de Michel LAMON

– http://www.elan-lean.fr/ : une série de récits concrets, ludiques, sur ce que peut apporter la démarche

orchidee-consulting.com : les fondements de la démarche.

 

Sur la 4° Révolution industrielle et la cobotique :

-The Fourth Industrial Revolution. Klaus Schwab.  (2016. Editeur : The Fourth Industrial Revolution (1661))

-site dédié à la 4° Révolution Industrielle : http://www.4erevolution.com/tag/cobotique/

– le regard des économistes sur la « Quatrième Révolution industrielle », Mark Leonard, directeur du Conseil européen des relations internationales en collaboration avec Project Syndicate 2016 – Davos (lien : http://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/021645413111-davos-le-regard-des-economistes-sur-la-quatrieme-revolution-industrielle-1194978.php)

-Sommes-nous dans la troisième ou la quatrième révolution industrielle ? Christian SAINT ETIENNE. (http://www.christiansaint-etienne.eu/2016/02/04/sommes-nous-dans-la-troisieme-ou-la-quatrieme-revolution-industrielle/)

-vidéo « no collègues les robots » (lien : https://www.youtube.com/watch?v=eQU9nao_L28)

-« La cobotique. La robotique soumise », Bernard Claverie, Benoît Le Blanc et Pascal Fouillat. Communication & organisation, no 44, 2013, p. 203-214.

 

Coaching et engagement social : innovation RSE

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SENSAE Consulting partenaire de REVOLUTIO©

 

 

 

Qu’est-ce que Revolutio© ?

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Revolutio est une démarche originale d’accompagnement de toute personne ayant subi un accident de vie (burn-out, longue maladie, décès d’un proche…). Son caractère innovant repose sur le facteur clé de succès suivant : la réussite du retour en milieu professionnel suite à un accident de vie implique non pas le seul travail avec l’individu mais aussi l’implication d’autres parties prenantes  (les collègues, les managers voire l’organisation dans son ensemble…).

Juste dimensionné, l’accompagnement s’appuie sur l’intervention d’une équipe pluridisciplinaire d’experts (coach, juristes, spécialistes en organisation…) partageant les mêmes valeurs et conceptions de cette approche holistique.

 

Pourquoi Revolutio© : la genèse du projet.

A l’origine du projet, Catherine AMBROSI (http://www.catherineambrosi.com) et Fabien COMPERE (http://www.meridian-coaching.fr ) ont su fédérer un groupe d’experts sur la base d’expériences personnelles, de rencontres et d’un constat : encore trop peu de choses sont faites aujourd’hui pour accompagner ceux qui, après une période difficile, souhaitent reprendre une activité professionnelle.

Revolutio_aide_160420Nous avons créé le projet Revolutio car nous croyons qu’il est plus « Durable » d’accompagner l’individu ayant subi un accident de vie plutôt que de l’évincer.  Quelle qu’en soit la forme (séparation, mutation…), le rejet est trop souvent motivé par l’intérêt court –terme du groupe (service, centre de profit, entreprise…).

Or, nous croyons en cette écologie humaine et sociétale qui implique de prendre soin et d’accompagner l’individu plutôt que de le remplacer pour des causes parfois fallacieuses (perte d’efficience, absence prolongée, difficultés de réintégration…).

A travers nos expériences professionnelles et personnelles, nous avons constaté la difficulté de la majorité des collaborateurs à revenir dans leurs fonctions et leur équipe après un accident de vie. Cette difficulté aboutit trop souvent à un échec et conduit, dans l’incompréhension mutuelle, à une séparation entre la personne concernée et son équipe, voire son entreprise. Mal ou non gérée, cette séparation a des effets négatifs déplorables dans la plupart des cas, tant pour le collaborateur que pour ceux qui restent dans l’organisation.

Malgré le trouble profond que traversera une personne qui s’est découverte mortelle (maladie grave…) ou faillible (disparition d’un proche, Burn-out… ), nous croyons qu’il est possible et préférable pour tous d’agir pour réussir ce retour. Nous y contribuons grâce à la démarche Revolutio.

Revolutio est ainsi :

  • Un projet humain parce qu’une organisation Responsable d’un point de vue social n’existe et n’est pérenne qu’à travers l’engagement éclairé et responsable de ses collaborateurs
  • Un projet sociétal parce qu’aujourd’hui les organisations qui se veulent responsables doivent aussi évaluer l’impact de leurs décisions et actions sur les enjeux de Société (respect, contribution à l’évolution des dispositions normatives et réglementaires pour un mieux vivre des collaborateurs…)
  • Un projet économique responsable parce que l’absence et le retour d’un collaborateur doivent être pilotés et optimisés en parfaite symbiose d’un point de vue humain et économique.
  • Une démarche innovante qui va contribuer à valoriser votre projet d’entreprise d’un point de vue social et sociétal ainsi qu’enrichir sa dimension fédératrice tant pour les parties prenantes internes qu’externes.

Révolutio est une démarche en perpétuel devenir s’adaptant aux spécificités et évolutions notamment managériales, sociales et sociétales avec lesquelles vous devez composer. Elle n’a de sens que si vous acceptez aussi d’en être les co-acteurs.

 

Revolutio©: les champs d’intervention

Sans être exhaustive, la cartographie ci-dessous identifie les principaux champs d’intervention des experts de Revolutio.

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Revolutio© et SENSAE Consulting : démarche innovante valorisant l’engagement RSE

D’une démarche classiquement focalisée sur la relation inter-personnelle (coach et coaché), REVOLUTIO a donc engagé une nouvelle dynamique en étendant le processus de réintégration de l’individu ayant subi un accident de vie à d’autres parties prenantes (collègues, service voire l’organisation dans sa globalité…) contribuant ainsi à en garantir un succès pérenne.

Cette dynamique innovante peut s’accompagner d’une réflexion méthodologique quant à l’impact et la contribution de REVOLUTIO au projet d’entreprise voire au code génétique de l’organisation (Mission, Valeurs, Vision…). Si le prisme RH est bien souvent la clé d’entrée d’une démarche Revolutio, celle-ci doit donc s’intégrer aux autres projets en cours, contribuant ainsi à les enrichir voire les valoriser.

En appui des experts Revolutio, SENSAE Consulting est à même :
Revolutio_boussole_160420-de faire de la démarche Revolutio une composante innovante des dimensions sociale et sociétale d’un engagement RSE. Outre les enjeux classiques (sociaux/sociétaux, économiques, environnementaux…), une vigilance particulière est accordée aux principes RSE qui seront impactés (vigilance, transparence et redevabilité, éthique, dynamique avec les parties prenantes…)

-d’intégrer la démarche Revolutio dans le cadre d’une réflexion stratégique (projet d’entreprise, de service, enrichissement de la Mission, du système de Valeurs, de la Vision…)

-d’évaluer et d’accompagner les éventuels impacts de la démarche Revolutio sur les pratiques managériales, le processus et les pratiques RH voire le système de management dans sa globalité.

Pour une approche efficiente, pérenne avec un réel retour sur investissement, la démarche est structurée en mode projet. Elle est intégrée aux éléments éventuellement préexistants dans l’organisation.

 

Revolutio© et SENSAE Consulting : un engagement personnel et professionnel.

Revolutio_arc_160420Les sollicitations d’un monde médico-social parfois non – préparé, la confrontation avec un univers professionnel souvent déstabilisé, une littérature pléthorique nous ont conduit sur le chemin de près de vingt années de résilience. Si, sur le plan strictement personnel, le processus a été fructueux, il n’a que peu contribué à monter en maturité les parties prenantes qui restent toujours trop démunies face à un individu « en accident de vie ». De plus, les limites  du corpus législatif, l’éclatement des repères familiaux refuges, la dépréciation fréquente des systèmes de valeurs dans les différentes sphères professionnelles, sociales, personnelles fragilisent l’individu et sa capacité à gérer la phase post traumatique d’un accident de vie.
Il était temps qu’une démarche innovante comme REVOLUTIO embrasse la problématique dans toute sa riche complexité et jette les bases d’une approche méthodique, réfléchie dont l’un des princeps est la mise en responsabilité des différentes parties prenantes. En cela, REVOLUTIO  nous a convaincu d’apporter enfin une réponse crédible en phase avec les enjeux et principes d’une démarche RSE que se devrait d’adopter toute organisation Responsable de l’impact de ses décisions et actions notamment dans les domaines sociaux et sociétaux.

Marc BOURDEAUD’HUI

Président de SENSAE Consulting

Pour en savoir plus : www.revolutio.fr

Contact : marc.bourdeaudhui@sensae-consulting.com

Les fondamentaux et limites d’une démarche RSE : La RSE au service de la performance durable des organisations.

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Source : animation d’un séminaire pour le club des entreprises centenaires.

 

 

 

 

Développement Durable (DD) et Responsabilité sociale/ sociétale des entreprises (RSE) : les fondamentaux.

 

Message

crédit photo : www.happiness-ducky.fr

 1980, l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la nature) jette les bases du « sustainable development » qui seront reprises par Madame BRUNLANDT dans son rapport de 1987 « Our common future ». Acte fondateur, ce rapport définit le DD comme “Un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations à venir, à commencer par ceux des plus démunies,  à répondre aux leurs ».

Traduction managériale et systémique de ce concept, la RSE précise les enjeux et principes sur lesquels est supposée s’engager toute organisation qui veut déployer une telle démarche. La RSE peut être définie comme l’ensemble des dispositions qu’une organisation va prendre pour maîtriser et assurer la responsabilité de l’impact de ses décisions et activités dans le domaine économique, sur le plan social / sociétal et sur l’environnement (les trois piliers classiques du DD, d’après l’ISO 26 000).A ces enjeux, auxquels sont parfois réduites les approches RSE, doit s’adjoindre l’engagement à respecter un certain nombre de principes (vigilance légale, redevabilité, transparence, éthique, inclusivité…). Les dispositions adoptées sont intégrées dans l’ensemble de l’organisation et mises en œuvre dans ses relations avec ses parties prenantes.

Il est trop fréquemment « oublié » qu’une démarche RSE ne se cantonne pas à engager des actions pour maîtriser l’impact des décisions et activités sur les trois piliers du DD. La véritable « plus – value » d’une démarche RSE est cette « responsabilité pleine et entière » que va assumer l’organisation en respectant des principes qui vont guider ses prises de décision et ses activités. En cela, loin d’être innovante, la RSE n’a sans doute que réactualiser, certes de façon fondamentale et en les enrichissant, des démarches déjà initiées de longue date par des modèles de performance durable (Malcolm Baldrige, EFQM…). C’est aussi l’opportunité pour certaines organisations de repenser, promouvoir… leur « code génétique stratégique » : Mission, Valeurs, Vision.

Reconnaissance d’une démarche RSE : les limites du jeu d’acteurs.

 

Dans le foisonnement « enthousiaste » d’initiatives RSE, certaines structures sont matures et ont intégré les enjeux et principes RSE dans leur stratégie de développement. D’autres ont un profil plus « Arlequin » et ont engagé un patchwork d’actions, souvent exemplaires, qui ne demandent qu’à s’intégrer dans une démarche globale cohérente. Restent les « Pinocchio » du DD…

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Avec la multiplication de ces démarches RSE, s’est très vite posée la question de leur reconnaissance et de leur promotion, sujet d’autant plus sensible que la norme ISO 26 000 n’est pas certifiable par tierce partie. Le « business ayant horreur du vide », le jeu d’acteurs s’est mis en place de façon fulgurante… Qui des organismes de reconnaissance, qui des cabinets conseils, qui des associations portées par le privé, le public voire un amalgame des deux, qui des  organismes de notation… se targue de délivrer le blanc-seing qui cautionne l’Organisation exemplaire en termes de démarche RSE.

Par essence, une démarche RSE « responsable » devrait pouvoir faire l’économie de la quête de telles reconnaissances dès lors qu’elle met en œuvre les principes fondamentaux comme la redevabilité, la transparence vis-à-vis de ses parties prenantes, l’ensemble « auréolé » d’une éthique exemplaire. Aussi, est-ce faire preuve de naïveté que d’attendre que les organisations en démarche RSE soient irréprochables ou les enjeux sont-ils tels que d’aucunes foulent sans vergogne, comme les marchands du Temple, les fondamentaux qui ont présidé au déploiement de ces démarches, quitte à mentir éhontément ?

Toute initiative RSE est à encourager dès lors qu’elle contribue à monter en maturité le « code génétique stratégique » d’une organisation (Mission, Valeurs, Vision) et son système de management. Aux différentes parties prenantes d’appréhender avec déontologie le réel niveau de maturité de la démarche engagée et si elle peut être effectivement reconnue comme une démarche RSE.

Le paysage de nos organisations est riche d’entreprises « responsables », pérennes et performantes qui portent en leur sein cette culture de la Responsabilité « Urbi et Orbi » vis-à-vis des parties prenantes actuelles et futures ; pour nous en convaincre, un ouvrage qui fait déjà référence « Le secret des entreprises centenaires ».

Liens utiles :

www.lilleplacetertiaire.com