Eurometropole, COP23 et transition énergétique.

 

Enjeux territoriaux.

 

 

 

En écho à la COP23 qui s’est déroulée à Bonn en novembre 2017, l’EUROMETROPOLE a organisé le 10 novembre 2017 une manifestation consacrée à l‘impact et aux enjeux de la transition énergétique au niveau territorial. Le programme de cette manifestation a permis de valoriser des initiatives locales en termes notamment de lutte contre les gaz à effet de serre.

 

 


Dans ce cadre, Marc BOURDEAUD’HUI a été sollicité pour témoigner de son retour d’expérience sur les outils de co-financement REV3 (Troisième Révolution Industrielle en Hauts de France) à la fois en tant que consultant mais aussi  citoyen engagé dans le développement territorial (membre du comité de développement d’une communauté de 38 communes).

 

 

 

 

Transition énergétique et modèle de société : les facteurs clés de réussite.

Théorisée par le prospectiviste américain Jeremy RIFKIN, la Troisième Révolution Industrielle (1,2,3) est un modèle de développement qui fait l’hypothèse que la transition dans le domaine énergétique (notamment le passage aux ENR) combinée à une mutation dans le domaine de la communication (Internets des idées, des biens, de l’énergie (smartgrids…), mobilité alternatives des personnes…) va donner lieu à un nouveau modèle socio-économique basé sur l’économie collaborative. Ce modèle devrait supplanter le capitalisme à l’horizon 2050. Si les limites de ce modèle prospectif ont été amplement démontrées (4, 5, 6), il n’en demeure pas moins que nombre de décideurs politiques se le sont appropriés et l’ont adapté aux spécificités de leurs territoires respectifs (San Antonio Texas (7), Rotterdam-Lahaye (8), Luxembourg (9) , Région des hauts de France (10), Rome, Monaco…).

 

Dans ce modèle, un point de vigilance doit être accordé aux enjeux de la transition énergétique. Cette transition n’est pas une finalité en soi : ce n’est qu’un moyen qui sous-tend l’apparition d’un nouveau modèle de société qui représente le véritable défi à venir. Aussi, nulle surprise si, au-delà d’une opération de marketing territorial, parmi les facteurs clés d’une transition énergétique réussie à l’échelle d’un territoire (11) vont être identifiés :

-un portage politique exemplaire  au service de la « Res Publica »

-une approche inclusive démontrant une réelle intelligence territoriale capable de mettre en synergie les différentes parties prenantes stratégiques

-l’existence d’un projet porteur de sens et de valeurs qui propose une vision éclairée et intelligente du devenir du territoire.

 

Co-financement REV3 : un dispositif « éclairé et inclusif »


C’est sur cette dynamique de facteurs clés de succès que semble avoir été structuré le dispositif de co-financement REV3. L’approche originale se caractérise notamment par :

-une multiplicité des outils qui ouvre le champ des possibles en matière de montage financier

-une accessibilité qui permet d’élargir le panel des porteurs de projets éligibles depuis la sphère publique, la sphère associative jusqu’à la sphère privée en passant par les TPE, PME/PMI, ETI voire les grands comptes

-une véritable intelligence territoriale en mettant au cœur du dispositif les acteurs institutionnels classiques du financement de projets mais aussi les nouveaux acteurs portés notamment par le déploiement des nouveaux business modèles (économie collaborative, économie sociale et solidaire…).

 

 


Le dispositif s’articule autour des principaux outils suivants :

-un fonds d’investissement doté de 50 M € géré par la société CAP3RI (Nord Capital partenaires) qui a vocation  à financer des entreprises dont les projets sont liés à l’un des huit piliers de la Troisième Révolution industrielle

-l’equity (participation au capital) via une plateforme collaborative Kiokstoinvest qui a vocation à favoriser le financement des startups et PME de croissance par les particuliers, les professionnels

-le livret d’épargne de la Troisième Révolution Industrielle géré par le Crédit Coopératif qui a drainé plus de 15 M € (au moins un livret dans plus de 75 départements) destiné à financer des projets d’entreprise liés à la Troisième révolution industrielle sous forme de prêt à un taux bonifié

-le financement participatif via les plateformes partenaires « Cowfunding, Kisskiss Bankbank, Hello Merci».

A cela s’ajoutent un fonds « start-ups » et « Hauts de France Prévention » qui est une avance remboursable à destination des entreprises passant un cap délicat dans leur activité.

 

Outre les ressources de la CCI de Région Hauts de France et un guide du financement, le déploiement de ce dispositif s’appuie sur une démarche originale : un hubfinancement qui regroupe  sur un mode collaboratif les principaux acteurs intitutionnels du financement de projets.

 

 

 

Co-financement REV3 : les premières leçons.


Au-delà de « l’eldorado technologique » promis par certaines avancées de la transition énergétique, le véritable défi est donc celui du choix d’un modèle de société.

 

La réussite de cette transition énergétique et du choix de société ne se mesurera à l’aune ni du nombre de projets co-financés, ni des montants dépensés.

Il en va d’une responsabilité collective et partagée à la fois des responsables politiques mais aussi des citoyens et des porteurs de projets quant aux choix des aventures qui sont accompagnées.

Si le droit à l’expérimentation est nécessaire et recevable, il est plus discutable lorsque le choix des projets est réalisé en totale in-intelligence et présente un véritable risque pour le développement du territoire.

 

Aux interfaces entre l’économie collaborative, la transition numérique, la transition énergétique, de multiples exemples de projets « déviants » peuvent être identifiés. Nous en avons retenu deux éloquents par leur impact.

 

Le premier exemple est celui d’un EPCI des Hauts de France engagé dans un projet de mutation « territoriale ». Postulant à un appel à manifestation d’intérêt national lancé par l’ETAT, le premier élu nous sollicite pour l’élaboration d’une note de stratégie globale. La revue des différents projets pressentis va très vite révéler des carences en termes de cohérence et de vision stratégique. Parmi les projets a priori séduisants mais qui relèvent plus d’une opération de marketing territorial, l’un d’eux vise à former des codeurs informatiques de base dans le cadre d’une « flamboyante école numérique ». Face aux progrès des systèmes experts, des algorithmes de l’intelligence artificielle « faible » qui prend déjà en charge le développement automatique de codes, et reprenant les conclusions du Dr Laurent Alexandre (12) :

« Ils [développeurs informatiques bac plus 2] arriveront sur le marché du travail précisément au moment où le code informatique bas de gamme sera largement automatisé grâce à l’intelligence artificielle qui sera quasi gratuite. […] Codeur informatique bas de gamme sera un passeport pour Pôle Emploi ».

 

Le second exemple est issu du développement de la blockchain et des monnaies virtuelles, notamment du Bitcoin. Le principe repose sur un protocole sécurisée qui permet la validation des transactions « pairs à pairs » via un réseau distribué (qui s’affranchit de toute structure centrale) réputé inviolable. Ce nec plus ultra du collaboratif est devenu un système hypercompétitif.

Au lieu d’optimiser les ressources pour valider une transaction, le protocole choisi (« proof of work ») met en compétition les acteurs du réseau : le plus « rapide » à intervenir pour valider la transaction gagne des Bitcoins.

Ce processus a deux effets pervers :

-d’une part une ascension vertigineuse du cours du Bitcoin qui est passé de 600 dollars à près de 8 000 dollars en un an. il s’agit donc d’une spéculation pure et simple et d’une spéculation massive. Selon Marc FIORENTINO, « le bitcoin pourrait valoir dans les deux mois 12 000 dollars ou 3 000. Nul ne peut le prédire ».

-d’autre part un véritable gouffre énergétique. Chaque transaction nécessiterait 215 kwh (l’équivalent de la consommation hebdomadaire moyenne d’un foyer américain) et serait 5000 fois plus énergivore qu’une transaction Visa.

 

Au-delà des enjeux techniques, de la réduction des gaz à effets de serre, de la lutte contre la précarité énergétique, la nécessaire transition énergétique ne sera une réussite que si elle est au service d’une « Vision intelligente et éclairée » du développement de nos territoires.

 

Marc BOURDEAUD’HUI

Président de SENSAE Consulting

Remerciements à :

Mme Nathalie RUELLAND, Chargée de projets (Projectmedewerker) EUROMETROPOLE (nathalie.ruelland@eurometropolis.eu)

Olivier BEDDELEEM, Président du Mouvement Européen France Nord, Fondateur de Lillénergie , (olivier.beddeleem@edhec.edu).

 

Pour aller plus loin :

1-La Troisième Révolution Industrielle, REV3, l’économie collaborative : enjeux, nature, questions. Marc Bourdeaud’hui 

2-La Troisième Révolution Industrielle, Jérémy Rifkin (2011, éditions les liens qui libèrent)

3-La nouvelle société du coût marginal zéro, Jérémy Rifkin (2014, éditions les liens qui libèrent)

4-The sharing economy. PWC (2015). Consumer Intelligence Series.

5-la Révolution Transhumaniste, Luc Ferry (2016, éditions Plon).

6-La grande transformation des avocats. Thierry WICKERS (Dalloz, 2014).

7-San Antonio et la Troisième révolution Industrielle .

8- Rotterdam-La Haye et la Troisième révolution Industrielle :  https://mrdh.nl/RNE.

9- Luxembourg et la Troisième révolution Industrielle

10-Région des Hauts de France et la Troisième révolution Industrielle

11-Quels sont les ingrédients d’une transition énergétique réussie à l’échelle des territoires ? France Stratégie. Webconférence – 31/10/2017.

12-La Guerre des intelligences. Laurent ALEXANDRE (J.C. LATTES, 2017).

13-Bitcoin : son cours flambe… et son coût énergétique aussi. Juliette RAYNAL. Usine-difitale, 3/11/17.

14-One Bitcoin Transaction Now Uses as Much Energy as Your House in a Week. Christopher Malmo. Mother Board, 1/11/17.

 

3 Comments

  1. Bonjour,
    une action politique se mesure au nombre et à la nature des projets et à l’argent dépensé. Il y a un saupoudrage inévitable. La troisième révolution industrielle (SIC) nécessite d’abord un changement général des mentalités : est-ce vraiment une question d’argent ? D’autre part, le besoin va au-delà d’un regain de patriotisme. Une majorité doit se sentir individuellement touchée.
    Il faut aussi miser sur une ribambelle de petits projets mais est-ce l’intérêt de responsables politiques ? Le vrai changement ne se voit souvent pas. Ce sont ses conséquences qui se voient, mais généralement à long terme. Ce temps n’est pas compatible avec le tempo des entrepreneurs et des hommes politiques actuels. C’est pourtant celui de la Politique.
    Le discours actuel sur l’Intelligence Artificiel procède de cette logique : des évangélistes du Numérique clament partout la révolution proche dans tous les domaines. Il s’agit d’un autre type de révolution.
    Ce discours sur la révolution sert à masquer l’incapacité actuelle à nous sortir de l’impasse dans laquelle nous nous sommes mis. On veut nous faire regarder loin devant mais je crains que les remèdes soient semblables à ce qui a causé nos maux. La solution serait avant tout « technologique ». Il me semble que ce « choix » de la technologie n’en est pas un. Il montre que le changement proposé n’en est pas un véritable. Il est subordonné à la préservation du business.
    En résumé cette TRI 3 ne serait qu’une inflexion de la trajectoire suivie depuis la TRI2 mais avec une exploitation optimale des technologies modernes. La TRI3 ne serait donc pas une révolution mais une nouvelle phase de la TRI2. JSCOB…?

  2. tout le monde aura corrigé TR8 2 = DRI… 🙂

Leave a Reply