Troisième Révolution industrielle, REV3, économie collaborative.

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                                                            Enjeux, nature, questions.                                                        logosensae

 

 

Préambule : 

Dans TRI_Rifkinle cadre de la semaine DWay consacrée au « développement durable », DELOITTE Région Nord a fait appel à Marc BOURDEAUD’HUI (SENSAE Consulting) et Laurent LEGRAIN (Conseil en en communication) pour animer un séminaire sur la Troisième Révolution Industrielle (TRI).

Organisé sous forme d’un témoignage et d’un retour d’expérience, le séminaire a conduit Marc BOURDEAUD’HUI à évoquer dans un premier temps les fondamentaux du modèle de Jérémy RIFKIN. Puis a été abordée la déclinaison du modèle à l’échelle de la région des Hauts de France : la démarche REV3. Percevoir les enjeux, puis la nature de la démarche ont été les préalables indispensables pour aborder les multiples questions autour du modèle de la TRI et de REV3.

Parmi ces dernières ont notamment été débattues :

-la question du « tout Energie Renouvelable » (ENR) à l’échelle d’une région : mythe ou réalité ?

-les enjeux des ENR en termes de distribution : loco – local et impératif des réseaux à grande échelle ?

-la distinction du Paradigme de la TRI et du paradigme de la RSE (Responsabilité sociale/sociétale des Entreprises / organisations).

-la complétude de REV3 notamment sur la question de l’économie collaborative.

-la nécessité de ne pas confondre « Méthodes de travail collaboratif » et « économie collaborative ».

Le séminaire s’est conclu d’une part par la présentation des modalités d’intégration d’une réflexion « REV3 » dans la conduite d’un projet : la cartographie thermographie du bassin minier pilotée par Audrey DEUDON  de l’Association des Communes Minières. D’autre part, le modèle «  TRI – REV3 » a été repositionné par rapport à d’autres modèles de développement d’un territoire.

Fort de ce retour d’expérience, DELOITTE Région Nord poursuit son engagement dans le cadre de REV3. Un prix spécial « Troisième Révolution Industrielle » sera décerné pour la première fois dans le cadre du seizième Technology Fast 50 en Région des Hauts de France.

L’article ci-dessous n’est qu’une retranscription partielle de certains sujets qui ont été évoqués au cours du séminaire. Pour plus d’information : marc.bourdeaudhui@sensae-consulting.com.

Sommaire de l’article :

 1-La Troisième Révolution Industrielle et REV3 dans le cadre de la semaine DWay.

2-Troisième Révolution Industrielle : du modèle à la démarche régionale REV3.

2.1 Temps 1 : l’itinéraire d’un consultant – TRI, REV3, premier business.

2.2 Temps 2 : vous avez dit REV3 – Enjeux, nature, questions.

  • Le « tout ENR » à l’échelle d’une région : mythe ou réalité ?
  • ENR : loco – local et impératif des réseaux à grande échelle ?
  • Paradigme de la TRI et paradigme de la RSE (Responsabilité sociale/sociétale des Entreprises / organisations).
  • Complétude de REV3 et économie collaborative.
  • Méthode de travail collaboratif et économie collaborative : ne pas confondre.

2.3 Temps 3 : Association des Communes minières – les leçons d’un projet qui s’ignore « REV3 ».

3-Technology fast 50 : un prix spécial Troisième Révolution industrielle.

 

 

1-La Troisième Révolution Industrielle et REV3 dans le cadre de la semaine DWay.

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Chaque année, DELOITTE consacre une semaine dite « D Way » à la démarche de performance durable. En 2016, le bureau de Lille s’est engagé dans des actions originales. L’une d’entre elles visait à informer les collaborateurs sur les enjeux de la Troisième révolution Industrielle (TRI) et de REV3 en Région  des Hauts de France.

Conférence : « Troisième Révolution Industrielle : du modèle à la démarche régionale REV3 ».

Présenté par Marc BOURDEAUD’HUI (Président fondateur de SENSAE Consulting, référent de la commission REV3 du Club d’affaires de Lille Place Tertiaire) et Laurent LEGRAIN (Consultant en communication, membre de la commission REV3 du Club d’affaires de Lille Place Tertiaire)

 

2- Troisième Révolution Industrielle : du modèle à la démarche régionale REV3.

 

Tout en démontrant que la TRI n’est pas qu’un concept, Marc BOURDEAUD’HUI a témoigné de son expérience de prise en compte de cette nouvelle approche du développement territorial dans son métier de consultant. Son témoignage a été organisé en trois temps.

 

2.1 Temps 1 : l’itinéraire d’un consultant – TRI, REV3, premier business.
REV3_modele_courbe

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Depuis la découverte des travaux de Jérémy RIFKIN, jusqu’aux premières opportunités de business en passant par une analyse de la déclinaison REV3 au niveau de la région des Hauts de France, Marc BOURDEAUD’HUI a présenté son parcours. Il a insisté sur le paradigme spécifique de la TRI et l’appropriation qui  en a été faite au niveau régional. La Troisième Révolution Industrielle et donc REV3 reposent sur un paradigme particulier : « la performance environnementale sera demain synonyme de performance économique et sociale dans le monde » (extrait du Master Plan 2013 de la Région des Hauts de France).

 

 

 

 

 

2.2 Temps 2 : vous avez dit REV3 – Enjeux, nature, questions.

Marc BOURDEAUD’HUI a ensuite abordé les fondamentaux de REV3 et les questions que cette nouvelle démarche engendrait. De la gouvernance, aux piliers de la démarche et leurs déclinaisons dans le cadre du Master Plan, des précisions ont été fournies au sujet des caractéristiques d’un projet « REV3 ». S’appuyant sur le référentiel « Troisième Révolution Industrielle » publié en 2015, les principaux thèmes que doit aborder un projet REV3 sont résumés dans le schéma ci-dessous.

REV3_projet_caracteristiques

 

Quant aux multiples questions induites par REV3, quatre ont été débattues.

  • Le « tout ENR » à l’échelle d’une région : mythe ou réalité ?

La première concerne la question d’un « Tout Energie Renouvelable à l’échelle de la région pour 2050 » : un mythe ou une réalité ? Si actuellement nombre de démarches réussies pêchent par leur « non représentativité » (territoires restreints, territoires pauvres en tissus industriels gros consommateurs d’énergie, tissus socio-économiques spécifiques. Exemples : le cas des territoires insulaires http://www.smartgrids-cre.fr/index.php?p=zonesinsulaires-experimentations), un rapport de l’ADEME (2015) plaide en faveur de la faisabilité technique d’une telle approche.

  • ENR : loco – local et impératif des réseaux à grande échelle ?

La deuxième question a permis d’aborder les limites d’une production énergétique « loco – locale » basée sur les ENR et les réseaux intelligents associés (smart grids). Tant que les techniques de stockage de l’énergie n’auront pas été résolues de façon significative, l’auto-suffisance énergétique à l’échelle d’une région reste un mythe et le tout ENR nécessite le renforcement des autoroutes de l’énergie inter – pays (réseaux à très haute tension : http://www.gridplus.eu/).

 

  • Paradigme de la TRI et paradigme de la RSE (Responsabilité sociale/sociétale des Entreprises / organisations).

Marc BOURDEAUD’HUI est souvent questionné sur les liens entre la TRI – REV3 et la RSE. Est-ce différent ? Est-ce la même chose ? Est-ce qu’il y a des points communs ? Certes, il existe des points de convergence entre la TRI- REV3 et la RSE, mais les deux modèles reposent sur des paradigmes bien différents.

Ainsi qu’il a été évoqué, la TRI – REV3 repose sur le paradigme suivant mentionné dans le Master Plan de la Région des Hauts de France : « la performance environnementale sera demain synonyme de performance économique et sociale dans le monde ».

La RSE repose sur un tout autre paradigme (cf ISO 26000). Elle met  toute organisation en responsabilité de l’impact de ses décisions et activités dans le domaine économique, sur le plan social / sociétal et sur l’environnement (les trois piliers classiques du Développement Durable). A ces enjeux, auxquels sont parfois trop souvent réduites les approches RSE, doit s’adjoindre l’engagement à respecter un certain nombre de principes (vigilance légale, redevabilité, transparence, éthique, travail et inclusivité avec les parties prenantes…). Les dispositions adoptées sont intégrées dans l’ensemble de l’organisation et mises en œuvre dans ses relations avec ses parties prenantes (plus d’info : http://sensae-consulting.com/les-fondamentaux-et-limites-dune-demarche-rse-la-rse-au-service-de-la-performance-durable-des-organisations/).

Le nouveau modèle TRI – REV3 est loin d’avoir une approche aussi globale et intégrative que la RSE (quand cette dernière n’est pas dévoyée au profit d’un greenwashing dominant). Un exercice d’analyse comparative des deux paradigmes aboutit au constat suivant :

TRI_RSE_convergence

Les enjeux de la TRI – REV3 sont bien d’aboutir à un nouveau modèle « socio – économique » dans lequel l’économie collaborative devrait dominer (cf J. RFIKIN, la nouvelle société du coût marginale zéro : internet des objets, l’émergence des communaux collaboratifs et l’éclipse du capitalisme). Hors, force est de constater que le déploiement de l’économie collaborative (dans ses modèles leaders en termes d’activité, de chiffre d’affaires, de pseudo emplois…) se fait au prix d’une « dérégulation sauvage » (sic Luc Ferry) qui met à mal nos systèmes de protection sociale déjà bien moribonds (ne tirez pas sur l’ambulance !) sans proposer aucune alternative. Nous sommes plus sur une stratégie de terre brûlée que de réel progrès sociétal.

A qui la faute ? A chacun d’entre nous qui foulons la morale, l’éthique, la déontologie qui devraient guider chacun de nos actes « responsables » (vous avez dit RSE ?).

 

 

  • Complétude de REV3 et économie collaborative.

La troisième question interpelle quant à la complétude de REV3 sur les nouveaux modèles économiques.  Si l’économie circulaire, si l’économie de la fonctionnalité apparaissent comme des piliers à part entière de la démarche, l’économie sociale et solidaire n’est pas formellement intégrée dans la démarche bien qu’elle ait fait l’objet d’une intronisation en bonne et due forme lors du World forum 2014 avec le lancement de la plateforme « SOBIZHUB » (http://www.sobizhub.org/fr/). Plus préoccupant est la quasi absence de débat de fond sur les enjeux du « collaboratif » (économie collaborative, économie du partage, ubérisation…). Certes de multiples initiatives exemplaires et prometteuses sont promues notamment via le club des entrepreneurs REV3 (http://rev3.fr/participez/), mais la prédiction de J. RIFKIN  d’une éclipse du capitalisme par cette économie collaborative (la nouvelle société du coût marginal zéro page 10, Babel Essai) et la « dérégulation sauvage » constatée par d’aucuns comme Luc Ferry (la révolution transhumaniste, chapitre 3)  ne sont nullement débattues. Pourtant ces questions sont fondamentales pour envisager un «devenir durable et responsable » (pléonasme assumé) d’autant que l’économie collaborative est un des fondamentaux du modèle rifkinien :

TRI_modele

En focalisant la TRI – REV3 sur la problématiques énergétique (6 piliers sur les 8 proposés), n’est-il pas trop souvent oublié que le modèle rifkinien repose sur l’hypothèse suivante : la conjonction de la problématique énergétique (passage aux ENR) avec l’évolution des moyens de communication (les 4 internets selon RIFKIN : communication, logistique, énergie et objets connectés) va donner lieu à un nouveau modèle socio-économique : celui de l’économie collaborative (économie du partage, ubérisation…) ? Selon Rifkin, ce nouveau modèle économique va éclipser à l’horizon 2050 le modèle capitalistique actuellement dominant.

Bien que, comme tout modèle, il ne soit pas dénué d’intérêt, le modèle rifkinien (donc celui de la TRI – REV3) a d’ores et déjà démontré ses limites et est remis en partie en cause par nombre de personnes. Je n’en citerai que deux.

En premier lieu, Robert GORDON (économiste de la Northwestern University) remet en cause les perspectives de croissance liée à la « soi-disant révolution numérique » dans son dernier ouvrage  » the rise and fall of american growth ».

En second lieu, Luc Ferry, démontre dans son dernier ouvrage (la révolution trasnhumaniste), que loin de supplanter le modèle capitalistique, il y a un tout un pan de l’économie collaborative (et le plus important en termes de chiffres d’affaires) qui au contraire s’appuie sur une approche capitalistique « débridée à outrance ». C’est ce qu’il qualifie de « dérégulation sauvage ». Les exemples de cette dérégulation sauvage et de l’emprise du capitalisme sur l’économie collaborative sont multiples. Exemple : le fonds souverain d’Arabie saoudite qui vient d’investir 3.5 mds de $ dans UBER (http://www.lemonde.fr/entreprises/article/2016/06/02/le-fonds-souverain-saoudien-investit-3-5-milliards-de-dollars-dans-uber_4930677_1656994.html).

 

Une étude de PWC publiée fin 2015 (https://www.pwc.com/us/en/technology/publications/assets/pwc-consumer-intelligence-series-the-sharing-economy.pdf) démontre que  l’économie collaborative :

-est en forte croissance (63 % de croissance annuelle d’ici 2025)

-reste cantonnée à des secteurs spécifiques de l’économie (transports, distribution de certains biens de consommation, hébergement et restauration, loisirs, médias et communication) qui sont loin de porter le développement et la croissance d’un pays dans son ensemble

-engendre une destruction des systèmes de protection sociale (santé, famille, retraite…)  sans rien proposer à la place.

 

  • Méthodes de travail collaboratif et économie collaborative : ne pas confondre.

Enfin la quatrième question a permis d’aborder la thématique du « collaboratif ». Au risque d’en faire sinon un effet de mode, tout au moins un véritable maelström, chacun s’empare du terme pour être dans l’air du temps, quitte à dévoyer le sujet voire à commettre des bourdes.  L’une des premières précautions à prendre est sans doute d’éviter de confondre les méthodes de travail collaboratif avec les nouveaux modèles économiques basés sur le collaboratif, même s’il existe des liens entre les deux.

 

Sauf à être dans des styles de mcollaboratif_moissonanagement « extrêmes » (taylorisme outrancier, management autocratique…), la conduite d’une activité a souvent reposé et repose souvent sur la collaboration et le partage. Point n’ai eu besoin de « systèmes d’information » et d’applications associées pour que certains individus aient l’intelligence relationnelle de se réunir pour co-imag
iner, co-produire, co-décider… Si le déploiement récent des plateformes collaboratives et autres réseaux sociaux d’entreprise contribue à dynamiser ce style de travail, il n’a ni créé le travail collaboratif, ni ne représente la solution à « tous les maux ». La conduite de nombre de projets nécessite et nécessitera  toujours le respect de processus préalablement définis ne serait-ce que pour des questions de fiabilité, de sécurité voire d’enjeux financiers. Tout passager d’un aéroplane se réjouira des procédures multiples de contrôle à réception qui vont présider au lancement de l’appareil sur le tarmac.

 

Dans le domaine du travail collaboratif, un autre exemple notable de développement d’outils est celui de la cobotique. Aux interfaces notamcobotique_medicalment des neurosciences dont les sciences cognitives et de la robotique, la cobotique a engendré des cobots qui ni ne se substituent à l’être humain, ni ne sont autonomes.  Les cobots ont la particularité de travailler en  collaboration avec l’être humain et d’être sous le strict contrôle de ce dernier qui le pilote. A noter que la cobotique apparaît comme l’un des axes de la Quatrième Révolution Industrielle présentée par le fondateur du World Economic Forum : Klaus SCHWAB (l’une des questions étant de savoir si une « simple » innovation technologique justifie d’être qualifiée de « Révolution Industrielle » (donc à l’origine d’une mutation du modèle socio – politique) et s’il ne faut pas plutôt éviter de confondre les deux. Pour plus d’info, voir les références en fin de cet article).

 

Est-ce que ces quelques exemples d’outils et de méthodes de travail collaboratif suffisent pour en conclure à l’émergence d’un nouveau modèle économie qui supplanterait le modèle capitalistique : l’économie collaborative ? Il est permis à juste titre d’en douter, d’autant que la définition de ce nouveau modèle économique est loin de faire l’objet d’un consensus.

Il appertRifkin_cout_marginal donc que des outils et méthodes de travail collaboratif peuvent très bien être mis en œuvre sans s’inscrire dans un modèle d’économie « collaborative » mais purement capitalistique (Jérémy Rifkin oppose les deux dans son ouvrage « la nouvelle société du coût marginal zéro »). Quant aux outils et méthodes de travail collaboratif, il est présomptueux de vouloir en dresser un inventaire exhaustif. Pour s’en faire une idée, citons certains qui ont marqué et continuent à marquer le développement en milieu industriel notamment : le TPS de Toyota (Toyota Production System), le QOS de Ford (Quality Operating System), le Lean Management (pour plus d’information : http://www.elan-lean.fr), la TPM (Total productive Maintenance)…

A contrario, l’économie collaborative, peut-elle se passer de « méthodes de travail collaboratif » ? Si elles n’en constituent pas la condition sine qua non, il semble pouvoir être répondu par la négative à cette question,  la difficulté résidant sur une définition claire de ce qu’est cette économie collaborative et d’en préciser le champ. Il n’est pas un jour sans qu’une publication, une interview conduisent à enrichir le vaste débarras dans lequel d’aucuns vont jusqu’à amalgamer économie collaborative, économie de la fonctionnalité, économie circulaire, économie sociale et solidaire….

En l’absence de consensus, nous avons essayé d’éclaircir notre propre champ lexical pour essayer de comprendre… En notre « âme et conscience », nous en sommes arrivés à la conclusion :

-que l’économie collaborative  consiste en une mise à disposition d’un bien ou d’un service personnel

-que cette mise à disposition intervient avec ou sans contre-partie financière

-que cette mise à disposition contribue à créer une « richesse » qui peut être matérielle, intellectuelle, sociale, sociétale…

-que l’échange repose sur une collaboration, c’est-à-dire le fait de travailler à une œuvre commune.

 

Fort de cette clarification, nous en sommes venus à établir les constats suivants :

-Premier constat : collaboration, entraide et donc économie collaborative ont toujours existé

L’économie collaborative a quasiment toujours existé et est même à l’origine du développement de certains modèles sociétaux. Inutile de retracer des siècles d’histoire pour disposer de multitudes d’exemples d’entraides structurées qui étaient à la base de secteurs entiers d’activité (exemple : l’organisation des moissons dans les villages avant  la mécanisation à outrance).

En 1902, Propotkinedans son essai intitulé « l’entraide : un facteur de l’évolution», KROPOTKINE avance  que l’entraide a toujours joué un rôle déterminant dans le progrès « social et éthique » plus que la compétition. « Il semblerait, par conséquent, inutile de chercher des institutions ou des habitudes d’entr’aide dans notre société moderne. Que pourrait-il en rester ? Et cependant, aussitôt que nous essayons de comprendre comment vivent les millions d’êtres humains, et que nous commençons à étudier leurs rapports de chaque jour, nous sommes frappés de la part immense que les principes d’entr’aide et d’appui mutuel tiennent encore aujourd’hui dans la vie humaine. Quoique la destruction des institutions d’entr’aide ait été poursuivie, en pratique et en théorie depuis plus de trois ou quatre cents ans, des centaines de millions d’hommes continuent à vivre avec de telles institutions ; ils les conservent pieusement et s’efforcent de les reconstituer là où elles ont cessé d’exister. En outre, dans nos relations mutuelles, chacun de nous a ses mouvements de révolte contre la foi individualiste qui domine aujourd’hui, et les actions dans lesquelles les hommes sont guidés par leurs inclinations d’entr’aide constituent une si grande partie de nos rapports de chaque jour que si de telles actions pouvaient être supprimées, toute espèce de progrès moral serait immédiatement arrêtée. La société humaine elle-même ne pourrait pas se maintenir pour la durée d’une seule génération. » (pages 239-240 de l’édition de 1938).

 

Deuxième constat : économie collaborative et plateformes collaboratives ne sont pas « synonymes ».

Faire reposer les échanges sur les seules plateformes collaboratives est une vision tronquée et restrictive de l’économie collaborative. Les plateformes ne sont « ni l’économie collaborative », ni les seuls outils qui permettent le déploiement cette économie. Le développement des monnaies locales est un autre exemple (sans doute plus vertueux) d’outil contribuant au développement d’une économie collaborative.

Dans le même ordre d’idée, résumer le développement récent de l’économie collaborative à « l’ubérisation » est tout aussi tronqué et fallacieux, d’autant que ce type de développement se fait dans la plupart des cas  dans une dynamique capitalistique débridée et outrancière qui fait fi d’une quelconque « morale sociale et sociétale ». Dans « la révolution humaniste », le titre que Luc Ferry donne au chapitre traitant de ce sujet est révélateur « l’économie collaborative et « l’ubérisation » du monde ».

 

Troisième constat : l’économie collaborative – pour le meilleur et le pire.

Dès lors, en fonction du « code génétique (Mission, Valeur, Vision), associé plus ou moins consciemment à cet « acte de mise à disposition », les paradigmes d’économie collaborative déployés vont être totalement différents, voire antinomiques.

Si les valeurs « du partage », de l’entraide portent l’acte de collaboration, l’économie collaborative procède d’une économie « du partage » porteuse de sens et de valeurs morales tels que l’évoque Propotkine. Le pacte sociétal sous-jacent se trouve valorisé.   Les exemples font foison depuis les JONC (des « jardins ouverts et néanmoins clôturés » : http://www.ajonc.org/) jusqu’aux garages solidaires (http://www.garages-solidaires.fr/) en passant par les restaurants solidaires (   ) … La distinction avec l’Economie Sociale et Solidaire est dans certains cas illusoire (l’économie du partage contribuant à répondre aux objectifs de l’ESS).

Si le profit, la rentabilité guident l’acte de collaboration, l’économie collaborative procède d’une économie purement capitalistique qui sera loin d’être éclipsée comme en fait l’hypothèse Jeremy RIFKIN. Cette économie collaborative « Ubérisation » n’est ni morale, ni immorale mais « a-morale » (André COMTE SPONSVILLE). Le pacte sociétal sous-jacent se trouve à la hauteur de l’ambition des acteurs de ce marché : une dérégulation sauvage (sic Luc FERRY) et à outrance qui casse les modèles sociétaux moribonds.

 

Quatrième constat : d’une économie collaborative « Ubérisation » à une économie « au noir » ou les enjeux d’un nouveau contrat sociétal.

Uber_HiltonEn surfant sur les vides juridiques de certains secteurs d’activité, pire en mettant souvent si ce n’est de façon systématique « hors la loi » le consommateur et « l’Uber – proposant » (la personne qui va mettre à disposition son bien ou service personnel moyennant rémunération), les majors de cette Ubérisation (Uber, Airbnb, Blablacar…) n’ont qu’un seul objectif : le profit. La dématérialisation de leur activité « d’entremetteur » leur permet de frauder comptablement et fiscalement en quasi « toute impunité » face aux législateurs locaux dépassés par leur développement…

Cette dérégulation sauvage et voulue, institutionnalisée en véritable « stratégie de développement »  (fiscalité du numérique, note de France Stratégie, mars 2015) conduit à une véritable mascarade d’économie collaborative dans laquelle sont mis à mal le droit du travail, la protection sociale (ou ce qu’il en reste), les régimes fiscaux censés alimentés cette protection sociale selon un principe de solidarité (ou son illusion).

 

En concurrençant les professionnels du secteur d’activité, ces fossoyeurs sociétaux ont l’intelligence perverse de nous mettre tout à chacun face aux limites, carences, incuries voire obsolescences de nos systèmes… Nous sommes tous coupables et responsables… Utilisateurs gavés comme des oies par ces plateformes… Politiques dépassés ou complices… Législateurs à bout de souffle…

 

Photo : UBER et le festival de Cannes 2015 – Quand Paris Hilton se fait l’égérie d’une

« économie collaborative – Ubérisation ».

Face à ce pan de l’économie collaborative « ubérisation » (qui n’a de collaboratif que le nom), avons-nous seulement encore une étincelle d’intelligence et de courage pour redessiner notre nouveau contrat sociétal ? Saurons-nous faire en sorte que l’économie collaborative « partage »  ait le poids suffisant (économique, éthique, politique…) pour exister tout en préservant ses fondements sociaux et sociétaux vertueux?

Si tant est que nous en ayons le courage, la volonté et l’Intelligence, chacun d’entre nous, acteurs de la Société Civile (la « societas civilis » d’Aristote : la communauté des citoyens constituée dans le but de « bien vivre » qui a fini par se distinguer de la classe politique, cf. référence en fin d’article), mais aussi les « Politiques », les promoteurs de cette « économie collaborative – ubérisation » avons tous une responsabilité dans la régulation à inventer  (Rapport Terrasse, European Agenda for the collaborative economy…)

 

De plus et fort heureusement, ni Don Quichotte, ni Colibris « pompiers », il est des femmes et des hommes « porteurs de sens » pour lesquels entraide, solidarité, éthique, humanisme, respect de l’Autre, respect du Vivant… guident chaque acte et décision « responsables ». Il est des femmes et des hommes pour lesquels le développement qu’il soit social, culturel, technique, scientifique, dans le domaine des affaires… peut et doit reposer sur un autre paradigme que celui d’un capitalisme primaire et débridé, capable de se parer avec une hypocrisie effrontée de sa plus belle toge « RSE » pour faire amende honorable de ses pires turpitudes  (https://www.prix-pinocchio.org/pourquoi-les-prix-pinocchio/,   http://www.francetvinfo.fr/replay-magazine/france-2/cash-investigation/cash-investigation-du-mardi-24-mai-2016_1454987.html)  . Ces Femmes et ces Hommes œuvrent au quotidien pour relever ce défi d’évolution de notre contrat sociétal (https://www.demain-lefilm.com/, http://www.responsible-economy.org/fr/worldforum2016/).

 

 

2.3 Temps 3 : Association des Communes minières – les leçons d’un projet qui s’ignore  « REV3 ».

Dans un troisième temps, Marc BOURDEAUD’HUI a évoqué comment il aide un porteur de projet, ACM_Audrey_DEUDONAudrey DEUDON, Directrice de l’Association des Communes Minières, à
intégrer une réflexion REV3 dans la conduite de son projet. Unique à l’échelle de l’Europe, le projet a pour objectif de réhabiliter le patrimoine bâti du bassin minier avec une recherche d’efficience énergétique.  Il est conduit en trois phases :

  • phase 1 : cartographie thermique et luminographie aérienne du bassin minier.
  • phase 2 : communication
  • phase 3 : accompagnement des propriétaires.

Une vidéo présentant le projet est accessible en cliquant sur le lien suivant : https://youtu.be/odGeMH4Jr5o.

 

3-Technology Fast 50 : un prix spécial Troisième Révolution industrielle (REV3).

Désireux Deloitte_technology_Fast_500_noirde promouvoir l’engagement ds entreprises de  la Région des Hauts de France dans la Troisième Révolution Industrielle, DELOITTE Région Nord a décidé de décerner un prix spécial TRI (REV3) dans le cadre du seizième Technology Fast 50. Le Technologye Fast 50 est destiné aux entreprises technologiques de croissance de la région.

Pour participer, l’entreprise doit :

  • être française et indépendante
  • détenir des brevets ou consacrer au moins 5 % du CA à la R&D
  • appartenir à l’un des 5 secteurs d’activité suivants : Biotech & Sciences de la vie, Energie & Greentech, Hardware & Electronique, Internet Médias & Télécoms, Logiciels & Services Informatiques
  • avoir été créée avant le 1er janvier 2012 (avec un CA de 50 000€ minimum en 2012)
  • avoir une croissance positive entre 2012 et 2015

Les raisons de participer sont multiples dont :

  • la visibilité grâce à la communication faite autour de l’évènement et lors de la soirée
  • la réputation et Attractivité du label Fast 50 devenu la référence pour les investisseurs, les pouvoirs publics et la presse économique
  • le développement National et International car l’inscription de la société au Technology Fast 50 Nord entraîne la participation au Technology Fast 50 National et au Technology Fast 500 Européen.

Pour plus d’information :  www.fast50.deloitte.fr.

 

 

Article rédigé par  Marc BOURDEAUD’HUI, Président de SENSAE Consulting

Pour en savoir plus : marc.bourdeaudhui@sensae-consulting.com

 

Quelques pistes pour aller plus loin :

-La Troisième Révolution Industrielle, Jérémy Rifkin (2011, éditions les liens qui libèrent)

-La nouvelle société du coût marginal zéro, Jérémy Rifkin (2014, éditions les liens qui libèrent)

-la Révolution Transhumaniste, Luc Ferry (2016, éditions Plon)

-The rise and Fall of American growth, Robert Gordon (2016, Princeton University Press)

-l’entraide : un facteur de l’évolution, Pierre Propotkine (1938, les éditions invisibles).

-Une monnaie et des cercles, Philippe DRISIN (2014, Publibook)

-L’Uber capitalisme : bienvenue dans le capital 2.0,  Challenges (N° 471)

-Le capitalisme est-il moral ? André COMTE SPONSVILLE (2009, Albin Michel)

-Etes-vous Uber ou Blablacar ?  Le Un (N° 107, 18 mai 2016)

-Rapport au Premier Ministre sur l’économie Collaborative, Pascal Terrasse (Févier 2016)

-European Agenda for the collaborative economy. (Juin 2016)

-Fiscalité du numérique. France Stratégie (mars 2015)-

-La politique (Livre III : de l’état et du citoyen, théorie des gouvernements et de la souveraineté, de la royauté). Aristote (traduction de Barthélémy SAINT HILAIRE. 1874. Librairie Philosophie de LADRANGE)

 

-rapport de l’ADEME : Mix électrique 100% renouvelable ? Analyses et optimisations. Un travail d’exploration des limites du développement des énergies renouvelables dans le mix électrique métropolitain à un horizon 2050 (http://www.ademe.fr/mix-electrique-100-renouvelable-analyses-optimisations#)

Sur REV3 en Région des Hauts de France :

-le master plan dans ses différentes versions (http://rev3.fr/?s=master+plan)

-le guide du financement des projets REV3 (http://rev3.fr/guide-du-financement/)

Sur le Lean management : les travaux de Michel LAMON

– http://www.elan-lean.fr/ : une série de récits concrets, ludiques, sur ce que peut apporter la démarche

orchidee-consulting.com : les fondements de la démarche.

 

Sur la 4° Révolution industrielle et la cobotique :

-The Fourth Industrial Revolution. Klaus Schwab.  (2016. Editeur : The Fourth Industrial Revolution (1661))

-site dédié à la 4° Révolution Industrielle : http://www.4erevolution.com/tag/cobotique/

– le regard des économistes sur la « Quatrième Révolution industrielle », Mark Leonard, directeur du Conseil européen des relations internationales en collaboration avec Project Syndicate 2016 – Davos (lien : http://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/021645413111-davos-le-regard-des-economistes-sur-la-quatrieme-revolution-industrielle-1194978.php)

-Sommes-nous dans la troisième ou la quatrième révolution industrielle ? Christian SAINT ETIENNE. (http://www.christiansaint-etienne.eu/2016/02/04/sommes-nous-dans-la-troisieme-ou-la-quatrieme-revolution-industrielle/)

-vidéo « no collègues les robots » (lien : https://www.youtube.com/watch?v=eQU9nao_L28)

-« La cobotique. La robotique soumise », Bernard Claverie, Benoît Le Blanc et Pascal Fouillat. Communication & organisation, no 44, 2013, p. 203-214.

 

2 Comments

  1. DRISIN Philippe

    Bonjour
    Je m’appelle Philippe DRISIN et suis l’auteur de « Une Monnaie et des cercles », l’ouvrage dont vous avez bien voulu faire mention dans votre bibliographie.
    Ma question est : « comment avez-vous eu connaissance de mon livre, par Internet ou la version papier » ?
    Merci pour votre réponse et une éventuelle confrontation de nos idées.
    Bien cordialement
    Philippe DRISIN

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